Protester pour Dieu, protester pour l'Homme

Abraham et ses fidélités

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Marc 8.27-31 Actes 2.38-41

La Déclaration de foi de notre Église protestante unie de France devra être adoptée l’an prochain, en 2017, pour les 500 ans des affirmations de Luther.

 

En  latin, foi se dit Fide, qui a donné fidélité. La foi peut difficilement être dissociée de la fidélité, parce que la foi n’est pas une croyance en Dieu ou en un dogme, mais une confiance. Une relation de confiance, avec son Dieu. Comme le disaient jadis les amoureux dans leurs déclarations d’amour : donner sa foi… Alors parlons encore de la foi, mais sous cet aspect de la fidélité. Qu’est-ce qu’être fidèle ? A quoi suis-je, ou dois-je, être fidèle ? Pour cela, regardons Abraham et Sarah, couple emblématique de la foi dans la Bible.

 

Abraham et Sarah ont quitté leur pays, pour partir vers un autre, inconnu, étranger, à cause d’une promesse, une simple promesse venue du ciel. Ils ont renoncé à leur fidélité à un pays, une origine, une famille, un passé, et à leur avenir prévu, pour une autre fidélité : la confiance en la fidélité de Dieu…

Et c’est ainsi qu’Abraham, avec Sarah, est devenu dans la Bible le prototype de la fidélité et de la confiance, comme l’apôtre Paul le confirmera dans sa lettre aux Romains. Mais c’est aussi ainsi qu’Abraham et Sarah deviennent un exemple de nos propres conflits, les plus difficiles, quand nous sommes partagés entre deux vraies fidélités : la fidélité à nous-même, à ce que nous croyons ; et la fidélité à notre projet de vie, ou simplement à la force et au mouvement de notre environnement et de la vie.

Deux fidélités qui heureusement se rejoignent et se recouvrent souvent, mais parfois se contredisent.  Quand par exemple nous ne voulons pas accepter un travail contraire à nos désirs ou nos convictions, mais que nous devons quand même vivre, et payer le loyer ; ou quand, dans notre couple, nous nous demandons jusqu’où nous devons accepter, ou résister, pour sauvegarder ce couple ou préserver nos enfants…

Et bien sûr je suis le premier à savoir que souvent je ne suis pas fidèle à moi-même, à l’Evangile que je prêche, à mes amitiés ou mon amour, à ce que je crois juste. Que faire alors, quand nous sommes déchirés entre deux fidélités ? A cette question, évidemment pas de réponse facile…

 

Alors regardons Abraham et Sarah.

Ils sont loin d’avoir eu une vie facile. Au contraire, malgré les promesses de Dieu, ils se sont souvent trouvés devant des choix douloureux :

  • Quitter pays et famille, souvenirs et réseaux d’amitiés, d’habitudes ou d’affections ;
  • mais aussi second exil : quitter le nouveau pays, pourtant promis par Dieu, pour se réfugier en Egypte à cause de la famine ;
  • et là, renoncer à leur fidélité conjugale, puisqu’Abraham demande à Sarah de se présenter comme sa sœur, et, pour sauver sa vie, laisse Pharaon la prendre pour maîtresse…

Mais ce n’est pas fini :

  • nouvelle entorse à la fidélité de ce couple, cette fois c’est Sarah qui propose à Abraham de coucher avec sa servante, pour lui donner un fils, et ce sera Ismaël ;
  • puis, plus tard, de chasser ce fils et sa mère, pour que son fils à elle, Isaac, enfin donné, ne soit pas lésé par le fils de sa servante. Et Abraham a dû choisir entre son fils aîné et le fils donné par Dieu…

Et ce n’est pas encore fini : le pire, le plus difficile, le plus douloureux sera quand Dieu demandera à Abraham de lui faire confiance sans comprendre, quand Il lui demandera de sacrifier ce fils, Isaac, le fils de la promesse. Quand Il lui demandera de sacrifier sa fidélité envers lui-même, envers son projet avec Sarah, envers son fils et son espoir, envers leur enfant, envers ce pourquoi il a vécu toute sa vie, ce à quoi il a cru toute sa vie ; envers ce que la promesse de Dieu Lui-même lui avait donné.

Contradiction folle, impensable !

Sacrifier sa fidélité à tout cela, sa fidélité à lui-même, par fidélité à Dieu et à ce que Dieu lui demande… Choix terrible, inhumain, impossible : choisir entre deux fidélités à Dieu.

Abraham acceptera – on ne sait pas si Sarah l’a su, en tout cas ce n’est pas dit. Mais Abraham recevra la vie de son fils en récompense, la vie de celui qu’il était prêt à sacrifier, et qui deviendra le nouveau porteur de la promesse de Dieu.

 

Alors, et nous ?

Chaque fois que nous sommes dans une telle situation de choix terrible, de décision à prendre, obligés à un choix impossible entre deux vraies fidélités, chaque fois que nous sommes ainsi déchirés, peut-être pouvons-nous nous souvenir d’Abraham et de son choix, probablement encore plus impossible que les nôtres. Et de sa décision de choisir la fidélité à la voix de Dieu plus encore que la fidélité à lui-même, à Sarah, à son passé…

 

Mais, d’abord, qu’est-ce qu’être fidèle ?

C’est, je crois, dans un premier temps être fidèle à soi-même – même s’il y a besoin de préciser, même si cela est devenu aujourd’hui ambigu. Parce qu’être fidèle à soi-même est souvent compris aujourd’hui comme être fidèle à son ego, à l’image qu’on a de soi-même, voire à ses désirs, à ses envies ou à l’amour de soi-même. Ce n’est sans doute pas tout à fait cela, être fidèle à soi-même. Ce n’est pas non plus s’enfermer en soi-même, dans un passé, des habitudes, un comportement, un personnage, ou encore une culture ou une tradition. Ce n’est sans doute pas non plus tout à fait cela, être fidèle à soi-même.

Etre fidèle à soi-même, pour moi, c’est ne pas se trahir.

Ne pas trahir ce qu’on est, ce qu’on se veut, ce que les autres attendent de nous.

Ne pas trahir ce qu’on s’est proposé, peut-être engagé, à être quand on avait 15 ou 25 ans.

Ne pas trahir ce qu’on croit, sa foi, son projet, projet de couple, projet de vie.

Se respecter soi-même : non pas se prendre au sérieux, mais se respecter en tant que créature de Dieu, en tant qu’enfant de Dieu, en tant que quelqu’un que Dieu a voulu. Et une créature de Dieu, c’est quelque chose qui mérite le respect, qui mérite l’amour, et qui mérite de s’épanouir.

 

Alors être fidèle à soi-même, c’est peut-être encore plus : encore plus qu’être fidèle à soi-même, c’est être fidèle à l’appel que Dieu nous adresse, fidèle à l’épanouissement que Dieu nous propose, et au besoin qu’Il a de nous.

Lorsque Dieu se présente à Moïse dans le buisson ardent, et que Moïse lui demande son nom, Dieu lui répond : « Je suis qui je serai »… Peut-être que cette formule étrange s’applique aussi à nous, à chacun ou chacune de nous. Je suis qui je serai : … qui je serai tant que Dieu me guidera et m’accompagnera. Et que je le suivrai. Etre fidèle à ce que je serai, à ce que je veux être, à ce que je dois être, à ce que je suis appelé à être, par Dieu, c’est peut-être cela, la vraie fidélité à soi-même.

Comprise ainsi, la fidélité à soi-même se confond avec la fidélité et la confiance en Dieu. Alors elle ne peut être un enfermement dans une idée de soi ou de son destin, mais elle accepte au contraire les changements, parce que la route n’est pas forcément droite. Y compris, comme Abraham et Sarah, des changements dans ce qu’on s’était promis ou ce qu’on avait cru vouloir.

 

Bon.

Etre fidèle serait donc être fidèle à soi-même, en tant que l’enfant de Dieu que nous sommes. Invité par Dieu.

D’accord.

Mais revenons à notre question : lorsque cette fidélité n’est plus claire, lorsque nous sommes partagés entre deux fidélités, quand ces deux fidélités, comme pour Abraham, ressemblent toutes deux à la volonté de Dieu, quelle méthode, quelle démarche pour voir clair ?

 

Peut-être quatre étapes :

  • Réfléchir. Analyser. Comprendre. Peser les choses et les termes, inventer des solutions.
  • Confronter les choix possibles à l’Evangile, en tant que commandement  d’amour : le bien de l’autre avant le mien. Même si le bien de l’autre n’est pas de tout accepter, et peut nécessiter qu’on lui résiste – un enfant, un fanatique, un égaré…
  • Cela vérifié, prier. C’est-à-dire patienter, à genoux, en silence, devant le vide, comme Abraham, comme Jésus à Gethsémané, en présentant la situation et les choix ; et attendre que la silencieuse réponse devienne évidente ; l’attendre parfois des semaines ou des mois, ou quelquefois des années.
  • Accepter la réponse ou la décision, continuer d’en confier chaque étape, et faire confiance à la direction reçue. Comme Abraham. Comme Jésus à Gethsémané.

 

Réfléchir –  Confronter à l’Evangile –  Prier –  Accepter.

 

Et découvrir qu’on est bien, dans cette décision.

Même si elle est dure, mais parce qu’on est en paix avec soi-même, et en communion avec l’Evangile. C’est là que la foi est éprouvée : quand, comme Abraham, ou Luther, ou Jésus, nous sommes fidèles malgré le prix, c’est alors que Dieu nous redonne la vie et nous ouvre l’avenir. Comme à Abraham, comme à Luther, comme à Jésus…

 

Amen

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