Protester pour Dieu, protester pour l'Homme

Dette ou pas dette ?

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Romains 13.8-14

A quoi faut-il résister aujourd’hui ? Avoir une dette ou ne pas avoir de dette ?

Pourquoi faudrait-il, selon l’apôtre Paul n’avoir aucune dette ? Dans le passage précédent, il fait état du fait qu’il est nécessaire d’être soumis aux autorités, car celles-ci ont été instituées par Dieu. Alors il faudrait n’avoir aucune dette, d’aucun type : pas de dette d’argent, donc pas d’emprunt en cours, pas de paiement étalé́, pas de dette d’honneur, c’est-à-dire ne plus faire confiance, pas de dette de sommeil, c’est-à-dire ne pas être débiteur au niveau du repos. D’ailleurs Paul nous invite à « sortir de notre sommeil ». En terme religieux, comme dans le langage courant, on pourrait dire que Paul nous invite à un Réveil !
En premier lieu, il convient de se demander ce qu’est une dette ? La dette, c’est ce qui oblige, c’est ce qui peut nous placer en défaut, c’est ce qui est consécutif à un engagement, c’est ce dont nous sommes responsables. Ne pas avoir de dette, c’est donc être libèré, être libre. Le repris de justice a une dette envers la société, qu’il acquitte par le passage en prison notamment, mais parfois par d’autres biais. La dette implique l’idée de réparation.

Alors pourquoi faudrait-il se libérer de toute dette ? Est-ce que Paul nous inciterait à être plus individualistes que ce que nous sommes déjà ?

Car si nous n’avons de dette envers personne, nous pouvons nous centrer sur nous-mêmes sans crainte de devoir quoique ce soit à quelqu’un. Nous pouvons vivre de nous-mêmes, par nous- mêmes, avec nous-mêmes, sans devoir compter sur les autres.
C’est vrai… sauf que l’apôtre Paul nous invite à ne pas avoir pas d’autre dette qu’un type bien précis de dette : la dette d’amour. En effet, nous dit-il, les commandements se résument dans cette seule parole : « tu aimeras ton prochain comme toi-même ». La loi entière, toute la loi de l’Ancien Testament tend vers un seul objectif : l’amour.
Or, vous savez bien en quel temps nous sommes : un temps, une époque où la dette a mauvaise réputation, mais où pourtant, tout est fait pour nous y faire plonger dedans : les autorités elles-mêmes auxquelles nous devons être soumis, c’est-à-dire dont nous devons respecter les prescriptions ploient sous les dettes, croulent sous les obligations, sont débitrices à bien des points de vue. Et le système est conçu de telle manière que nous devons nous endetter pour acheter des biens tels qu’une maison, un appartement, une voiture, voire même un objet de consommation plus courante.

N’ayez aucune dette, car cette dette peut vous détourner du juste rapport à l’autre. Ne pas avoir de dette, c’est poser un acte de résistance : quand on a une dette, de quelque nature que ce soit, un sentiment de culpabilité́ s’installe et vient modifier le rapport entre débiteur et créancier. Notre rapport à l’autre n’est plus un rapport de sujet à sujet, mais devient un rapport celui qui doit / celui à qui il est dû quelque chose. Paul nous invite à nous libérer de toutes ces contingences pour pouvoir rétablir le rapport véritable entre les Hommes : celui de l’Amour.
L’amour qui est le plein accomplissement de la loi, c’est-à-dire aussi, le plein accomplissement de l’Homme. Qu’est-ce que cela peut vouloir dire en cette période de l’Avent ? Notre vie n’est-elle pas une succession de dettes, c’est-à-dire de devoirs à accomplir, de droits à faire valoir ?
Et si Paul insiste tant sur le temps dans lequel nous sommes, n’est-ce pas pour nous inviter à une prise de conscience ? Contre quoi faut-il lutter, à quoi faut-il résister ? Ne serions-nous pas en train de contracter des dettes, des responsabilités, voire même de la culpabilité́ ?
Ne sommes-nous pas tellement préoccupés à faire valoir nos droits, tant nous-mêmes, que les autorités qui nous dirigent, que nous nous concentrons sur l’accessoire, quitte à s’endette ? Sommes-nous détenteurs d’une quelconque créance vs-à-vis des ceux qui font couler le sang sans raison apparente, autre qu’une prétendue défense du vrai respect de Dieu ?

Allons-nous à notre tour faire couler le sang comme justification de notre créance ?

Vous savez en quel temps nous sommes, vous savez les temps troublés que nous connaissons. Vous savez quelle tentation nous guette ! Mais « la nuit est avancée et le jour est tout proche ». Ce jour, ne serait-ce pas le jour de l’amour ? Ne serait-ce pas le jour du pardon ?
« Rejetons les œuvres des ténèbres et revêtons les armes de lumière ».Ces armes de lumière, on pourrait les traduire dans nos catégories actuelles par les armes des Lumières, la pensée, la pensée critique, un regard humaniste posé sur nos contemporains. Mais on peut aller plus loin et les envisager comme des armes de subversion : celles qui renversent notre logique.
La seule dette que nous pouvons contracter, c’est celle de l’amour nous dit Paul. Pourquoi l’amour nous conduirait-il à entre débiteurs ? J’y vois au moins deux raisons :

  1. La première c’est une raison théologique ou spirituelle : en tant que croyants, nous confessons que Dieu nous a aimés le premier. Nous sommes au crédit de son amour. Dieu nous aime, sans condition, mais c’est parce qu’Il nous aime que nous puissions à notre tour aimer et agir dans le monde. Ce jour qui vient, c’est le jour de la manifestation, celui où l’amour de Dieu pour nous va se manifester visiblement, concrètement, matériellement sur terre : Dieu vient nous rejoindre dans nos vies.
  2. La deuxième raison qui fait que nous pouvons et nous devons contracter des dettes d’amour, c’est que l’amour est la seule raison pour laquelle les êtres humains vivent ensemble. Parfois c’est un amour commun, une passion, qui nous réunit (c’est le cas des associations, des clubs de sport ou de tout autre type, c’est ce qui nous fait aller au même concert, ou à la même représentation), parfois c’est un amour réciproque qui nous unit, que ce soit au sein d’un couple, d’une famille, entre amis. Et parfois, c’est l’amour d’un autre que nous reconnaissons qui nous conduit à vivre ensemble.

L’amour est finalement une perte pour un gain, une dette pour s’enrichir de l’autre ! L’amour, bien vécu, n’est pas une dette qui devient un problème, on arrive toujours à s’en acquitter, mais l’avantage de cette dette, c’est qu’elle nous met en rapport les uns avec les autres, et qu’elle nous permet de résister.
Les armes de lumière dont Paul nous parle, pourraient entre les armes qui nous conduisent à entrer en résistance par rapport à tout ce qui pourrait nous emporter dans tous les types de dettes que la société nous propose, que le monde nous offre, y compris les dettes dans lesquelles on s’embourbe.
La vengeance est sans doute un des types de dette le plus vicié. Car on a toujours l’impression de devoir se venger de ce que l’autre nous a fait subir, et dans une relation à deux pôles, les deux vont avoir le sentiment d’avoir une créance envers l’autre à faire valoir, les faisant entrer dans un cercle de violence continue.
L’amour ne fait aucun tort au prochain, peut-être même ne fera-t-il aucun tort à l’ennemi. Oser l’amour de l’ennemi, c’est le prendre en défaut, c’est le prendre par surprise, c’est le surprendre pour l’inviter au changement, c’est, résister à la tentation d’entrer dans son jeu. La vraie résistance, la vraie dette à proposer au monde, celle qui peut véritablement changer le monde, c’est celle de l’amour. Cette dette, qui peut paraitre risible, ouvre d’autres perspectives que toutes les créances qui appellent toujours remboursement, c’est-à-dire retour du bâton.
Dieu nous invite à ne pas nous placer dans une relation dominant/dominé, mais dans une relation de sujets à sujets, d’Hommes à Hommes, de débiteurs à débiteurs. Car notre amour vient de Son amour, alors, nous Lui devons tous ce que nous avons, les jours que nous avons la chance de vivre, quand bien même ils seraient difficiles, quand bien même ils seraient empreints de peur, quand bien même ils seraient pesants.
Dieu nous a donné un sens à honorer, une direction à emprunter (c’est-à-dire tirer parti de ce qui est à un autre), direction qui ne nous appartient pas, mais que pourtant nous pouvons choisir ! Tout en nous peut être tendu vers l’amour, pardon, parce que c’est la seule dette qui soit constructive dans notre monde et pour nos vies !
Nous sommes appelés en ce premier dimanche de l’Avent à résister, résister aux tentations de lutter avec les mêmes armes que les œuvres des ténèbres. Dieu nous invite à les rejeter et à revêtir Jésus-Christ, celui qui vient, payer notre dette pour que nous puissions nous endetter d’amour sans compter !
Résister, c’est aimer, c’est donner pardon, sans attendre de l’autre qu’il nous redonne exactement ce qu’il nous a donné ; car, nous le savons bien, notre dette première, celle qui a été́ payée pour toujours, nous ne pouvons pas la rembourser.

Bonne Nouvelle, le jour approche, la lumière vient, endettons-nous de cette lumière !

Amen

Infos pratiques

Pasteur Nicolas Rocher

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