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Dieu vomit les tièdes

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Jonas 2, 1 Corinthiens 12. 4-11 et Apocalypse 3. 14-22

Dans sa lettre à l’Eglise de Laodicée, Jean l’évangéliste n’y va pas de main morte. Laodicée est une ville de l’actuelle Turquie, en face de la Grèce.

 

Aux chrétiens de cette ville, il reproche leur tiédeur. « Je connais tes œuvres, je sais que tu n’est ni froid ni bouillant. Si seulement tu étais froid ou bouillant ! Ainsi parce que tu es tiède et que tu n’es ni bouillant ni froid, je vais te vomir de ma bouche. » (Apocalypse 3.16)

 

On dit des Normands qu’ils sont indécis : « pt’être ben qu’oui, pt’être ben qu’non » selon un cliché sans doute dépassé. Les Laodicéens, eux, sont ni froids ni bouillants, ils sont tièdes.

 

Ainsi Dieu vomit les tièdes. Qui ne l’est pas, plus ou moins tiède ? Terrible parole pour nous, qui sauf exception, sommes plutôt tièdes en comparaison des champions de la foi, comme ce Jérémie le prophète qui s’écrie : « tout au fond de moi il y a comme un feu qui me brûle ».

 

Ou comme un Martin Luther King, un Dietrich Bonhoeffer qui étaient prêts à donner leur vie pour le Christ, ou encore les moines de Tibérine, et plus récemment certains chrétiens d’Irak qui ont décidé de rester dans leur pays et continuer de témoigner de leur foi. Ne sommes-nous pas tièdes en comparaison ? Et si Dieu a de la nausée pour les tièdes, va-t-il nous vomir de sa bouche ?

 

Le mélange des genres à Laodicée

Pour y voir plus clair, il faut d’abord se reporter au contexte historique de l’Eglise de Laodicée. L’Eglise de Laodicée était riche, elle ne manquait de rien, et semblait satisfaite d’elle-même, nous dit le texte.

 

Mais le plus gros reproche qui lui est fait, c’est le mélange des genres, c’est de mélanger le christianisme et les religions plus anciennes qui régnaient dans la région, en particulier les religions à mystère, qu’on appelait mouvements gnostiques.

 

Un tel mélange les avait refroidis dans leur élan pour Jésus-Christ. Un tel mélange donnait quelque chose de fade et insipide. Une mixture plutôt indigeste, qui donne la nausée.

 

Mieux vaut les situations claires, dit la lettre aux gens de Laodicée : ou bien vous êtes chrétiens, ou bien vous ne l’êtes pas. Mais ne faites pas semblant de suivre Jésus Christ tout en chérissant les idoles. C’est comme si le sel, que vous êtes sensé être, avait perdu toute sa saveur.

 

Zèle sans intolérance ?

Dieu vomit les tièdes. Cela vaut-il pour nous aujourd’hui ?

A l’opposé de la tiédeur, il y a l’ardeur, la ferveur, le zèle. C’est bien, mais ne risque-t-on pas de verser dans l’intolérance et le fanatisme ? Si le zèle de la foi nous pousse à convertir de force notre prochain, à vouloir faire son bonheur malgré lui, ne vaut-il pas mieux rester tièdes ? En toute chose, l’excès est nuisible.

 

Certes, mais regardez Jésus ! était-il tiède ? N’était-il pas plein de zèle lorsque, par exemple, il a chassé les marchands du Temple à coups de fouets ? Il avait cité le psaume 66 qui déclare : « le zèle de ta maison me dévore ». Jésus était tout le contraire d’un tiède. Mais ce zèle qui le dévorait ne l’a jamais conduit à l’intolérance ni la violence comme les « zélotes » de son époque qui voulaient chasser les Romains.

Nous sommes donc sur le fil du rasoir : il s’agit d’être plein de zèle sans jamais verser dans l’intolérance ni la violence. Il y a donc zèle et zèle. Qu’y a-t-il derrière le mot zèle ?

 

Le mot zèle n’a pas bonne presse en langage courant. C’est par la « grève du zèle » que les aiguilleurs du ciel perturbent le transport aérien, et il n’y a pas plus hypocrite que celui qui « fait du zèle » pour faire bonne impression.

 

Dommage, car dans la Bible le mot zèle a un sens plus positif. Le zèle de Dieu pour son peuple, par ex. est synonyme d’amour inconditionnel, avec une pointe de jalousie, voire de colère lorsque son peuple bien-aimé se détourne de lui pour adorer les idoles.

Dans le NT, le zèle n’est autre que l’ardeur, le combat (c’est la même racine en grec) du chrétien pour Jésus-Christ.

Dieu vomit le tiède et lui dit : sois plein de zèle ! Bagarre-toi !

 

Le critère de l’amour

C’est bien d’avoir du zèle, mais pour quelle cause ? Pour quel but ? On peut être plein de zèle pour une bonne cause, et plein de zèle pour une cause mauvaise. Les inquisiteurs au Moyen Age étaient pleins de zèle. Saul, avant de devenir l’apôtre Paul, était plein de zèle. Il l’est resté par la suite, mais pour une cause radicalement différente.

Nous disions tout à l’heure que l’excès de zèle peut conduire au fanatisme… et bien, pas nécessairement, si l’amour et le respect de l’autre est au centre de la cause que l’on poursuit.

Le respect de la liberté d’autrui, la recherche de la paix et de la justice, la compassion et le pardon… toutes ces choses sont des critères objectifs qui permettent de dire si le zèle est bien orienté ou mal orienté.

Le critère ultime, c’est l’amour.

 

Dieu vomit les tièdes et attend de nous que nous soyons zélés, ardents et fervents dans l’amour. Amour pour Jésus-Christ, et par voie de conséquence amour pour notre prochain.

 

C’est pourquoi Jésus tenait tant à s’assurer auprès de Pierre que celui-ci l’aimait… Par trois fois, sur les bords du lac de Galilée, après sa mort et sa résurrection, Jésus a demandé à Pierre : Simon, fils de Jonas, m’aimes-tu ? Trois fois ! C’était la condition indispensable pour faire de lui un apôtre.

 

Car le contexte dans lequel Pierre devait être apôtre n’était pas facile ni paisible, mais plein d’obstacles et d’oppositions.

Jésus n’a pas recruté des tièdes ! Car les tièdes baissent les bras à la première difficulté. Aujourd’hui Dieu a besoin d’ouvriers plein de zèle et d’amour pour Jésus Christ pour faire avancer son Royaume dans un monde de sceptiques, voire de moqueurs.

Les tièdes baissent les bras au premier obstacle. On ne peut graver des traits sur le bois avec un fer tiède.

 

Le feu pour l’Eglise

 

Dieu vomit les tièdes et nous dit : soyez brûlants d’amour en Jésus-Christ. Vous connaissez le ancien logo de l’Eglise réformée : c’est un buisson ardent. Moïse marche au désert et aperçoit un buisson ardent. Dans le buisson qui brûle sans se consumer, Dieu se révèle à Moïse et l’envoie en mission.

Le feu, c’est le symbole de l’Esprit Saint. Le nouveau Moïse aujourd’hui, c’est l’Eglise. Comment l’Eglise peut-elle accomplir sa mission, sans doute aussi difficile que celle de Moïse en son temps, sans la puissance de l’Esprit Saint, sans le feu qui embrase les cœurs ?

Nous pouvons rester jusqu’à la fin de nos jours avec l’étiquette de chrétien et passer à côté de quelque chose d’essentiel. Or nous n’avons qu’une vie ! La vie du chrétien est faite pour être une fête, un feu ardent pour nous tous, chacun à sa place, même en restant humble et discret.

 

Même en restant humble et discret. Car cette ferveur dont nous avons besoin, et que Dieu peut nous donner dans la foi, n’est pas nécessairement démonstrative ou exubérante. Elle peut être au contraire toute intérieure.

Certaines assemblées chrétiennes mettent l’accent sur les manifestations extérieures de l’Esprit Saint. Pour d’autres, l’Esprit Saint agit plus discrètement. Ses fruits ne sont visibles que dans la durée, après une longue maturation de notre cœur.

Zèle ne veut pas dire nécessairement exubérance.

 

Dieu vomit les tièdes. Ce n’est pas forcément un mal. Il ne faut pas prendre le passage que nous avons lu comme un jugement ou une condamnation.

Prenons l’exemple de Jonas. Si le gros poisson n’avait pas vomi Jonas au bout de 3 jours, le prophète serait mort. Si Dieu vomit les tièdes que nous sommes, ou que nous pourrions être (je ne peux pas en juger) c’est pour nous faire sortir de nos enfermements qui conduisent à la mort, c’est pour nous mettre devant nos responsabilités de chrétiens, comme Dieu avait mis Jonas face à sa responsabilité de prophète.

 

Si Dieu vomit les chrétiens de Laodicée, ce n’est pas pour les condamner, mais pour les réveiller de leur torpeur. Pour leur dire avec fermeté : soyez pleins de zèle dans la foi et l’amour du prochain ! Soyons pleins de zèle aussi pour témoigner au monde qui nous entoure. Témoigner de quoi ? De l’amour de Dieu en Jésus Christ !

 

Cette Parole est pour nous aujourd’hui. Plus que jamais, Jésus-Christ a besoin de témoins dans un monde devenu indifférent au projet bienveillant de Dieu, ou accaparé par les idoles des temps modernes. Et le monde qui a perdu ses repères a besoin d’une parole d’espérance, et de comprendre que l’histoire des hommes a un sens. Il y en a autour de nous dans la ville, ou dans nos familles, qui sont en quête de sens pour leur vie. N’allons-nous pas partager avec eux ce que nous avons reçu ?

 

Mais il y a un préalable, peut être le seul préalable pour témoigner de l’amour de Dieu en Jésus-Christ, c’est de vivre nous-même de cet amour. De vivre d’une relation de proximité et de confiance avec Jésus Christ, vivant. Il n’y a pas d’autre préalable : pas besoin d’être érudit, pas besoin d’avoir une vie parfaitement exemplaire, pas besoin de connaître à fond la Bible, pas besoin de savoir parler en public. Un seul préalable : une relation de proximité avec Jésus-Christ.

Comme à Pierre il nous pose à chacun la question : m’aimes-tu ? m’aimes-tu plus que ceux-ci ou que ceux-là ? Est-ce que je compte vraiment pour toi dans ta vie ?

 

Et c’est à l’intensité de notre amour pour Jésus-Christ que se mesurera notre témoignage auprès de ceux qui nous entourent.

 

Ceci est particulièrement valable pour votre paroisse, qui est appelée à rayonner de l’Evangile par la croissance dans la foi. Dans la croissance de la foi, il y a notre part, et la part de Dieu. C’est Dieu qui fait croître, et c’est nous qui préparons le terrain. Qui arrosons et retournons la terre. Et Dieu fait pousser une belle plante. Alors nous pourrions dire comme dans le psaume : Que le zèle de la maison de Dieu nous dévore, qu’il dévore nos Conseillers presbytéraux, dévore les prédicateurs, les catéchètes, les liturges, les membres de l’accueil, les visiteurs, ceux qui préparent les repas… et nous qui sommes là assemblés ce matin.

 

Et n’oublions jamais que nous ne sommes que les instruments de la volonté de Dieu qui veut faire avancer son Règne de paix et d’amour sur la terre. Dieu ne vomit pas ses instruments ! mais il souffle dedans, comme un flûtiste souffle dans sa flûte. Pour illustrer ce dernier point, je terminerai par une petite fable : Nous sommes à la fin d’un concert donné par un flûtiste solo (vous pouvez transposer et imaginer un organiste ou un pianiste au lieu d’un flûtiste). Les applaudissements éclatent tandis que le rideau tombe. Le public ne tarit pas d’enthousiasme.

 

C’est alors que la flûte – l’instrument, pas le flûtiste, vient sur le devant de la scène et fait une révérence (je vous laisse imaginer comment une flûte fait une révérence).

La flûte désigne alors le flûtiste qui se tient discrètement à l’écart, et déclare à l’assistance, médusée : « je souhaite que vos félicitations aillent également à monsieur ; en vérité je dois reconnaître que privée de son concours, je n’aurais pas pu faire grand-chose. »

Nous sommes tous des instruments au service de la Parole de Dieu. Privés du concours de Dieu, nous ne pouvons pas faire grand-chose.

Ne sommes-nous pas des flûtes dont le Seigneur est le génial flûtiste ?

 

Vous aussi, frères et sœurs, dès lors que vous témoignez autour de vous de l’espérance qui est en vous, que votre témoignage est porté par votre amour pour Jésus-Christ, vous êtes les instruments de la volonté de Dieu qui veut faire avancer son Règne de paix et d’amour sur la terre. Amen

 

Christian Tanon

janvier 2016

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