Protester pour Dieu, protester pour l'Homme

En quoi le samaritain était-il bon ?

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Deutéronome 30.10b-14, Luc 10.25-37

Je ne sais pas combien de prédications vous avez entendu sur le texte du «bon samaritain». Je ne sais pas combien de fois vous l’avez étudié en partage biblique, en retraites et journées de paroisse. Combien de fois faut-il entendre pour que la morale de cette histoire fasse son travail en nous pour nous changer et changer notre comportement ? Combien de fois faut-il l’entendre pour que nous adoptions un autre regard envers les autres : ces étrangers, les gens « pas comme nous »?

 

Car il faut dire que la plupart de commentaires, prédications, et études ce petit texte nous conduit à une morale. Nous oublions que ce récit est une histoire, une parabole. Nous n’avons pas à imaginer qu’il y a eu un voleur, un voyageur, un prêtre, etc. Nous n’avons même pas à dire qu’un samaritain a existé et qu’il a aidé un blessé. C’est une histoire, une parabole, imaginée de toutes pièces par Jésus pour enseigner.

Devant lui, ce jour-là, se trouvaient quelques disciples, une petite foule et des experts de la loi de Moïse. A partir de cette rencontre, l’histoire du samaritain est née et elle est devenue presque « un fait d’histoire » tellement elle fait partie de notre imaginaire collectif.

 

Comme pour toutes les paraboles de Jésus, notre attention est dirigée vers la fin, nous attendons la chute de l’histoire. En ce cas il y en deux.

D’abord l’histoire se termine: « A ton avis, lequel des trois voyageurs a été le prochain pour l’homme attaqué par les bandits ? »

Mais la rencontre ne s’arrête pas là. Jésus dit aussi, « Va,  et toi aussi, fais la même chose ».

Ce qui est vrai pour les paraboles l’est aussi pour les blagues. Nous attendons la chute, un reversement inattendu, une surprise qui nous fait rire.

 

Pour cette parabole la surprise n’est pas à la fin. La chute se trouve au milieu de la parabole. La surprise est le samaritain lui-même. Il n’est jamais question dans l’histoire de Jésus que cet homme soit bon. Pourquoi alors l’appelons-nous le «bon samaritain»? C’est par son action qu’il est jugé. Il devient bon par ce qu’il fait. Cet homme n’est pas bon, pas plus que mauvais, en lui-même. En aidant un autre il gagne le titre de «bon», un jugement rendu depuis 2000 ans.

Que faut-il penser? Que c’est seulement par nos actions, nos bonnes œuvres que nous devenons bon? Faut-il changer notre tradition de la grâce et dès maintenant nous contenter de faire des choses afin de gagner nos titres de noblesse?

 

Faire une action qui est bonne n’est jamais contre la théologie de la grâce !

 

Regardons de plus près ce récit car il est pour le moins invraisemblable. Nous sommes surpris par les comportement des ces différents voyageurs. Tous, sauf les bandits, empruntent seul un chemin du désert mal fréquenté et le blessé en a fais les frais. Les religieux et encore plus un homme riche du territoire de la Samarie n’auraient jamais pris de tels risques. A cette époque et en ces lieux on voyageait en groupe. Donc, pour une raison bien à lui Jésus nous raconte une histoire qui ne peut être vraie dans les faits mais où la vérité est à chercher ailleurs que dans le récit.

 

Cet homme, notre blessé, voyage seul. Seul, il quitte Jérusalem pour aller à Jéricho.

 

Abderham, Érythréen et protestant a quitté seul son pays d’origine. Au-delà de l’Egypte sur les bords de la Mer Rouge, l’Érythrée est à plus de 9 000 kilomètres de Dieppe. Il a vu des atrocités commises dans son village, dans sa maison, au sein de sa famille. Il a du quitter son chez lui, son Jérusalem à lui. Il a du fuir son lieu de naissance, ses terres, les terres de ces ancêtres. Il a voyagé parfois avec d’autres, de temps en temps en petit groupe mais pour la plupart il était seul. Seul en voiture, en camion, à pied et par bateau pour enfin traverser la Méditerranée. Je lui ai rencontré pour la première fois dans la cuisine de Danièle, où nous avons parlé et prié. Il n’est pas encore arrivé à son Jéricho, mais il s’est fait dépossédé de tous ses bien et son argent.

 

Il fait partie de ces ignorés, ces ombres qui déambulent dans les rues de Dieppe, qui font peurs aux vieilles dames et qui se donnent rendez-vous dans le parc François Mitterrand pour recevoir un peu de nourriture et de la chaleur humaine de la part de quelques bénévoles. Ils sont tous des étrangers. Eric, Pascal, Ginette, Camille, Ingrid, Alexis, Anne, Danièle, Marie, Aurélien, Nicolas et tant d’autres leur viennent en aide. N’avons-nous pas là quelques «bons samaritains»?

 

Notre Eglise Protestante unie de France, suite à la décision prise en Synode nationale à Nancy, a décidé d’afficher des bannières sur les lieux de culte protestant un peu partout en France. Ici à Luneray le Conseil presbytéral a décidé qu’une bannière ne sera pas visible et nous avons donc décidé de mener une action avec des sacs de pommes de terre. Mais les événements nous ont dépassés. Le campement au pied des falaises a été détruit la semaine dernière, les tentes, les douches et les cuisines ont disparu. Nous réservons notre action une fois que l’association «Itinérance Dieppe», qui cherche un terrain, installe un camp avec l’aide des «Médecins Sans Frontières». Pour aider cette association nous vous donnons la possibilité ce matin d’acheter un de nos sacs. Au fond du temple vous trouverez une introduction biblique et théologique  par le pasteur Didier Fiévet qui lance cette action nationale. Vous pouvez le télécharger: http://accueillons-les-exiles.fr

Je viens de dire que pour entrer dans l’histoire du samaritain, il faut chercher plus en profondeur que les simples mots du récit. Car cette histoire résonne avec une autre histoire, celle de Jésus lui-même. Jésus est en train de prendre la même route que ce voyageur, mais dans l’autre sens. Jésus et les 72 voyagent en groupe. Nous lisons quelques lignes plus haut dans l’évangile de Luc qu’ils ont été agressés par des habitants d’un village samaritain. Sans doute avec ses amis en nombre suffisant ils ont pu faire face à la menace et n’ont pas subit des dégâts. Mais ils ont du passer leur chemin. Ils ne pouvaient rien faire avec ces «mauvais» samaritains qui habitaient ce village!

Et la rancune s’installe au sein de son groupe, les disciples demandent que Jésus fasse tomber le feu du ciel sur les agresseurs (Luc 9.54).

 

Suite à cet incident Luc met en scène un face-à-face entre Jésus et un maître de la loi. Il est représentant de cette religion de bien faire selon les règles établies, en suivant les préceptes de la loi ancestrale.

Mais cette parabole ne s’adresse-t-elle pas en premier lieu à ses propres amis? A ces 72 avec lesquels Jésus fait route? En effet la chute est plus puissante quand elle tombe sur la tête de ses disciples. Jésus se trouve comme «voyageur solitaire», et en tant que solitaire il sait qu’il doit payer de sa propre chair.

Face à son voyage seul, cet étranger sur notre terre montre

  • que contre tout il n’y a que la générosité du cœur qui peut sauver
  • que ce n’est pas le fait d’être étranger: Érythréen, Yéménite, Iranien, Albanais, Syrien ou autre qui rend les hommes différents les uns des autres
  • qu’il n’y a pas de frontière qui délimite les personnes
  • que ces frontières établis par l’économie humaine, pour des raisons d’état, de sécurité, et d’histoire n’ont pas été inventées par Dieu
  • que le salut, ce règne nouveau qu’il annonce, n’est autre que l’amour qui coule en lui. Que son message et sa vie n’ont pas de limite, n’appartient à aucun territoire, à aucun peuple.

Pour montrer tout cela, il est prêt à en faire les frais.

 

Amen

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