Protester pour Dieu, protester pour l'Homme

Esprit saint, tempête ou courant d’air ?

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Jean 14.15 ss.

Dans le RER… Il chantait du Brassens, à sa manière. Le regard plongé dans mon livre, sans même lever les yeux, je connaissais son visage. Je me souvenais de son sourire édenté, ses cheveux mi-long et noirs, son chapeau de feutre sombre et sa vieille guitare rayée dont il tirait encore quelques accords en râlant. Du Brassens oui, un peu. A sa manière c’est sûr !

Entre deux couplets, il sortait des paroles de vérité. Il parlait du Père éternel et du pire éternel ; il avait le verbe relativement facile et des phrases toutes faites qu’il sortait et ressortait… Car il les avait déjà sorties maintes et maintes fois, elles étaient usées et il en avait oublié les accents toniques. Il se répétait, il avait ses textes favoris qu’il nous livrait quelques fois en oubliant les ponctuations. Spectacle à la fois sympathique et pathétique. Une sorte de poète prophète du métro. Un Esaïe ou un Jérémie sorti des fins fonds de notre société.

 

L’autre jour, il était là. A peine entré dans le wagon il crie. Je pense à Jean le Baptiste. Ironique il nous dévisage, nous donnes quelques vérités à réfléchir, nous verse de l’acide didactique sans hésiter. Puis au beau milieu de l’Auvergnat, qui, sans façon… Il nous déverse son fiel avec le sourire. Un fiel empli d’amertume, de violence, de frustration et de vérité pour celui qui sait entendre. Ce troubadour serait plus heureux à cultiver son chêne. En fait nous serions tous, tous ces gens du RER, plus heureux à cultiver notre chêne ou plus bibliquement notre vigne et notre olivier. Mais nous sommes là, dans la grande cité, dans les entrailles de cette cité grouillante de monde. Ce troubadour du matin est devenu en quelques mots le trouble pour… pour ceux qui se sentent visés !

 

Mon voisin de banquette se sent visé. Est-il réveillé ou se sent-il obligé, il réagit. La violence appelant la violence, les voilà partis dans une dispute. Le ton monte, et l’engueulade déborde rapidement au wagon entier. Ca crie, il gueule, ca siffle, il chante à tue tête. C’est du Brassens arraché, m’a donné trois bouts de bois quand dans ma vie il faisait froid… Et ça crie encore, ça se dispute sur des accusations, des appropriations, ça devient très personnel. Ca commence à ne plus sentir bon dans le wagon. Non que ça n’ait jamais senti bon, mais on pouvait se prendre à rêver de chêne et de vigne, de paysages sympathiques.

C’est fini. C’est la violence des frères ennemis. Ils vont se frapper, c’est bien parti.

Le troubadour. Possédé, il l’est. Possédé et habité de douleur. Homme de douleur, habitué à la douleur, si l’on peut s’y habituer.

 

Une campagne publicitaire sur les murs des stations de métro nous dit clairement que la souffrance n’est pas nécessaire pour la vie. Qu’il faut lutter contre la souffrance. Je réfléchis, de quelle souffrance peut-il s’agir, certainement pas celle d’aller au travail dans ce train lugubre… Il doit y avoir d’autres souffrances. Peut-être celle de s’ignorer tous les jours, s’ignorer jusqu’à se violenter quand on se rencontre ? Le troubadour porte les souffrances, les siennes et celles de ses proches, de son histoire. Il me ressemble et peut-être porte-t-il aussi les miennes ? C’est un peu de son esprit qui est en moi, et un peu de mon esprit qui est en lui. Nous sommes de la même fibre. Sensibles à l’Auvergnat, toi qui sans façon m’a donné un bout de pains quand dans ma vie il faisait faim… Il souffre et le crie. Mon voisin de banquette crie aussi. Mais ce n’est pas la même souffrance qui émerge. C’est de la violence, de la méchanceté, de la condescendance d’une rare intensité. Ce jeune cadre dynamique, car c’est son look, est un vrai renard; à moins que ce soit un loup. Il a les dents acérées et il mord. Il s’est jeté sur ce pauvre bougre de vagabond pour le déchiqueter. Il s’en met à cœur joie. Son esprit est un esprit de mort. Il est possédé. Possédé d’un esprit mauvais, foncièrement habité de haine pour son prochain. Homme de violence et habitué à la violence. Il doit l’être car le vocabulaire qu’il utilise est spécifique. Acéré, il est habité par les pensées qui sortent de sa bouche avec une acidité à me donner des maux d’estomac.

 

Il ne s’agit plus de dialogue mais du combat entre le bien habillé, bien peigné contre le métèque, l’étranger, celui que l’on montre… le monstre !

Les paroles sont telles que je décide de ne plus les écouter. Je regarde ou je ferme les yeux.

De toutes façons j’en ai vu assez, le monstre n’est pas forcément celui que l’on montre du doigt. Il est des monstres en costume trois pièces, cravatés et salariés. Il est des doux usés par la société et écartés du chemin tout tracé par les industriels du métro-boulot-dodo.

Le jeune cadre a droit au métro-boulot-dodo, le troubadour connaît le métro, non par ce qu’il va quelque part, mais parce que c’est un lieu de rencontres et d’échanges. Il ne connaît pas de lieu de boulot et je ne veux imaginer son lieu de dodo.

Les insultes pleuvant. Il est entré avec une chanson. Il ressort blessé, râlant, violenté, agressé. Le troubadour avait des paroles porteuses de miracles, de bonté humaine, d’espérance.

Dans le métro, plus personne ne lisait…

Je me souviens la première fois que je l’ai entendu, il y a déjà quelques mois, les gens avaient même applaudi ! Il avait réussi le rêve des quêteurs : faire sourire son public, les solidariser entre eux, et en ressortir encore plus fort.

Mais aujourd’hui, ce fut l’enfer. Beaucoup trop d’esprits impurs qui sortaient et qui poussaient de grands cris.

Bien sûr le troubadour n’est pas Jésus. Il a une partie de la vérité mais il n’en est pas habité assez pour provoquer des miracles…. Encore que ? Il me plaît de rêver et de penser qu’il pourrait y avoir des miracles dans le métro, sur ce chemin entre Béthanie et Jérusalem, à moins que ce soit Chatelet-Les-Halles et Nation, en plein pays de « fausses croyances », entre deux affiches qui me promettent le soleil, le bonheur et les expériences merveilleuses.

L’Evangile du jour nous promet un paraclet. Un avocat, une aide spirituelle. Un Esprit que le monde est incapable d’accueillir parce qu’il ne le voit pas et qu’il ne le connaît pas. Ce paraclet, c’est un autre. Il y avait déjà un paraclet, un avocat, un assistant. Il s’agissait bien sûr de Jésus le premier à nous aider dans le quotidien. Il nous a donné la recette du bonheur. Une recette à travailler, à mûrir, à s’approprier, à partager. Pour ne pas perdre confiance, il nous propose, plein d’amour, un assistant.

Nous avons tous besoin d’un assistant, d’une aide pour comprendre, pour que notre cœur se réchauffe à l’écoute de sa parole, comme les disciples d’Emmaüs qui déclarèrent : notre cœur ne brûlait-il pas pendant qu’il nous expliquait les écritures.

Sommes nous assez disponible, assez à l’écoute de Dieu pour recevoir cet esprit ? Pouvons nous nous réjouir de le voir à l’œuvre chez quelqu’un d’autre, quelqu’un de tout autre ? Chez un troubadour, un fou du roi, un marginal, un homme qui a encore une dimension poétique et qui en parle ?

Dans notre quotidien, avec nos voisins et dans le métro aussi, soyons habités pleinement par le Christ, devenons des ambassadeurs, remplis de l’esprit de vie. Soyons des signes positifs pour tous ces hommes, ces femmes qui sont devant nous.

Le Paraclet, l’Esprit saint, il vous enseignera toutes choses, et vous fera ressouvenir de tout ce que je vous ai dit…

L’autre jour, le Paraclet, celui qui m’a fait me souvenir, celui qui a évoqué pour mon cœur les paroles du Christ, il avait la forme d’un troubadour.

Je vous laisse ma paix, je vous donne ma paix, ce n’est pas à la manière du monde que je vous la donne. Que votre cœur cesse des se troubler et de craindre…

Soyons dans la paix, la paix en nous, la paix avec les autres.

 

Amen

 

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