Protester pour Dieu, protester pour l'Homme

Être lourd pour être porteur de sens

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Jérémie 4.19-31 ; Luc 3.10-18

Ah je vois, vous voulez vous défendre, prétendre que si, vous étiez bien présents ! Mais moi, je ne vous y ai pas vus. C’est vrai qu’à votre décharge, j’avais changé de lieu de rendez-vous, j’étais sorti de nos habitudes vieilles de deux ans et demi : tous les dimanches à 10h30, au 21 bis rue Serviez !

Et les murmures de l’assemblée sont parvenus jusqu’à mes oreilles, « le peuple était dans l’attente et tous se posaient en eux-mêmes des questions » : où est le pasteur ?

Alors le pasteur vous répond comme Jean répondit jadis aux foules qui le suivaient : « moi, c’est d’eau que je vous baptise, mais il vient, celui qui est plus fort que moi, et je ne suis pas digne de délier la lanière de ses sandales ! »

Et toutes et tous, nous sommes invités à reprendre cette réponse du Baptiste : « Il vient, celui qui est plus fort que moi. » Il vient, et sa venue nous fait réfléchir, surtout quand les temps sont troublés, surtout quand l’obscurité́ prend le pas sur la lumière, surtout quand l’époque est incertaine, quand l’avenir fait peur.

Voyez-vous, ces bougies, ces trois bougies allumées nous annoncent trois éléments qui nous rapprochent de Celui qui vient :

  • la première, c’est l’amour. Gardez-la allumée, même faiblement, même si la flamme vacille, gardez l’amour près de vous.
  • La deuxième, c’est la foi : gardez votre foi intacte, protégez-la des 4 vents, de la houle marine, et des vagues scélérates.
  • La troisième, c’est la confiance: la confiance est le fruit des deux premières bougies : sans amour, sans foi, la confiance est difficile. Ces trois bougies sont indispensables pour nous rappeler les pas que nous avons à faire pour nous rapprocher de Celui qui vient vers nous.

Mais surgit aussitôt la question que nous nous posons inévitablement une fois que nous avons initié ces premiers pas : Que nous faut-il faire ?

La situation est parfois telle, que nous ne savons pas ce qu’il convient de faire pour en réchapper, pour se tirer d’un mauvais pas. Notre boussole ne trouve plus le Nord, et les expertises les plus fines ne sont pas exemptes de parti pris.

Alors nous vient à la bouche la question : Que nous faut-il faire ?

Nous sentons que les choses ne vont pas : « Mon ventre, mon ventre ! Je me tords de douleur ! Les parois de mon cœur ! » Nous percevons une fin proche, on nous l’annonce : « désastre sur désastre » ! « Oui, tout le pays est dévasté ».

C’est le prophète Jérémie qui parle, se faisant le porte-parole des habitants de Juda, royaume dévasté par les Babyloniens, au moment où les élites sont une première fois, emmenées en Exil.

Et voilà alors que nous nous apprêtons à formuler la même question, Dieu répond. « Oui, mon peuple est bête ; ils ne me connaissent pas. Ce sont des enfants bornés, ils ne peuvent rien comprendre. Ils sont habiles à faire le mal ; faire le bien, ils ne le savent pas ». Il est tellement facile de faire le mal, si facile, si aisé, qu’on ne s’en rend parfois pas compte. Et le pire, c’est qu’il arrive qu’on se sente bien d’avoir fait du mal…au moins pendant un certain temps !

« Toute la terre devient désolation, pourtant je ne fais pas table rase », dit le Seigneur. Première lueur au milieu d’une nuit d’encre qui n’en finit pas de se prolonger. Au beau milieu de la désolation, une promesse : je ne fais pas table rase. Je ne renierai pas tout ce qui se fait, tout ce qui se dit sur cette terre.

Le mal, il est si facile de le répandre. Au contraire, il est si dur de faire le bien, ça nous paraît tellement insurmontable. Quand on a l’impression d’y arriver, ça donne des scènes de liesse et de joie telle que celle que nous avons vues à l’issue de la COP 21 (gargarisons nous de cette réussite historique) ! Reste que le cor sonne encore, l’alerte est là, l’ennemi est proche. « Je regarde la terre, elle est déserte et vide ; le ciel : la lumière en a disparu. Je regarde les montagnes : elles tremblent ; toutes les collines sont ballottées ».

Regard sombre d’un homme touché par les conflits sur son pays en ruines. Et pourtant, pourtant, je veux voir dans ces paroles autre chose qu’une simple désolation. Elles ne vous rappellent rien, ces paroles ?

« Une voix crie dans le désert ; Préparez le chemin du Seigneur, Rendez-droit ses sentiers Tout ravin sera comblé, Toute montagne et toute colline seront abaissées » Et si c’était vrai ? Et si même dans le malheur une petite lumière venait se loger ? Et si même au milieu du chaos, Dieu pouvait agir ? Et si, de chaque crise, de chaque moment critique, nous pouvions tirer parti, non pas pour en profiter, mais pour poser un regard lucide sur ce qui ne va pas, et en tirer les leçons ? Et si c’était aussi ça l’Avent ? Être capable de se situer par rapport au mal pour en extraire la part de bien ?

Que nous faut-il faire ? Comment faire le bien ? La réponse de Jean le Baptiste est claire : ne cherchez pas à faire des miracles, c’est avec des petites choses, des petits gestes, des petits signes que le monde changera.

Comment être chrétien dans la société ? « Si quelqu’un a deux tuniques, qu’il partage avec celui qui n’en a pas ; si quelqu’un a de quoi manger, qu’il fasse de même ». Nous ne pouvons pas donner plus que ce que nous avons, nous n’avons pas à nous appauvrir au point de nous priver du nécessaire pour sortir le prochain de la misère.

« N’exigez rien de plus que ce qui vous a été fixé ».Il ne s’agit pas de tirer profit d’une situation dramatique, mais simplement d’être juste avec les autres.

« Ne faites ni violence, ni tort à personne, contentez-vous de votre solde ».Ne cherchez pas à imposer votre point de vue par la force, c’est la justesse de votre cœur qui convaincra.

Il y a dans les propos de Jean le Baptiste des éléments qui m’évoquent la sobriété́ heureuse : se contenter de ce que l’on a, le partager quand on le peut, ne pas vouloir toujours plus à tout prix.

Mais, ce n’est qu’un début. Car Jean n’est pas le Messie. Les premières lueurs poignent avec Jean, mais la lumière viendra après. « Moi c’est d’eau que je vous baptise, mais il vient, celui qui est plus fort que moi ».

Et de fait, Celui qui vient, Celui dont nous attendons la manifestation, ira plus loin que Jean : « il a sa pelle à vanner à la main pour nettoyer son aire et pour recueillir le blé́ dans son grenier ; mais la bale, il la brulera au feu qui ne s’éteint pas ».

Être chrétien dans notre monde, ce n’est pas être extraordinaire, mais c’est peut-être simplement être lourd. Dans le langage que les jeunes emploient, être lourd, ce n’est pas très positif, être lourd, c’est être pénible, être énervant. Mais dans le langage biblique, être lourd, c’est être le grain qui s’envole moins que la bale, que le paille, c’est-à-dire, ne pas être sujet aux quatre vents, et tourner comme une girouette. Que nous faut-il faire ? Être lourds ! Oui soyons lourds, comme le Seigneur lui-même est lourd.

Dans l’Ancien Testament, lorsqu’on évoque la sainteté du Seigneur, on parle de la קבד אדנאי, (Adonaï Kavod) c’est-à-dire, si on traduit littéralement, du poids de Dieu. Être lourd, c’est avoir du poids, c’est donner du poids à sa parole, c’est ne pas être sujet aux quatre vents, et changer d’avis comme on change de chemise, ou comme on retourne sa veste. Être lourd relève de la fidélité !

Soyons lourds dans notre conversion, donnons du poids à nos mots, honnêtes dans nos propos, intransigeants dans nos décisions. La lumière vient, promesse inconditionnelle. Que nous soyons capables d’être aussi lourds que la lumière se fait promesse d’un jour nouveau qui vient !

La lueur est déjà là, promesse d’une lumière prochaine ! Préparons-nous à devenir lourd, lourd de sens, porteur d’espérance !

 

Amen.

Infos pratiques

Pasteur Nicolas Rocher

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