Protester pour Dieu, protester pour l'Homme

JÉSUS, PAROLE DE DIEU

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Lors de la dernière réunion biblique sur « le prologue de l’évangile de Jean » dont le texte vous a été distribué, il me semble que nous nous sommes tous quittés avec plus de questions que de réponses, notamment sur la personne de Jésus de Nazareth, en particulier pour savoir si nous avions affaire à un Dieu ou à un homme, ou encore à un Dieu -homme.

Dans l’évangile selon Matthieu, Jésus interroge ses disciples et leur demande: « Vous, qui dites- vous que je suis? ». Pierre répond « tu es le Messie » ( Mat.16 .16) Cette réponse avait valu aux chrétiens d’être mis à la porte des synagogues parce qu’évidemment les juifs ne croyaient pas que Jésus était le Messie, pas plus qu’aujourd’hui d’ailleurs (Jn 9.22 ).

Jean, lui, répond à la question de Jésus par ce que nous appelons son prologue, que je me suis permis de résumer en évitant des mots grecs ! (Jn 1;1-18) Je lis:

Dieu, personne ne l’a vu. Mais sa Parole est à l’origine de tout ce qui existe, la vie, la lumière des hommes, bref tout l‘univers.

Jean Baptiste a témoigné d’une lumière, mais il n’était pas la lumière. Mais quand Jésus de Nazareth est venue, c’était lui la lumière des hommes. Jésus est la Parole de Dieu devenu homme. C’est par lui, par sa vie, par l’autorité de son enseignement que les hommes entendent Dieu et le connaissent.

Mais pour que les hommes croient en Jésus fils de Dieu et deviennent à leur tour des enfants de Dieu, ce n’est possible que si Dieu dans sa grâce les fait naître à une nouvelle vie. Or naître de Dieu ne dépend pas de la volonté humaine C’est l’œuvre de Dieu !

S’il fallait résumer le prologue de l’évangile selon Jean, mais aussi tout son évangile, souvent qualifié « d’évangile spirituelle », je dirai: En Jésus Christ, Dieu nous parle. Dieu nous parle quand Jésus parle à Nicodéme d’une nouvelle naissance selon le vent de l’Esprit. Il nous parle quand il donne de l’eau à la Samaritaine. Il nous parle quand il lave les pieds de son disciple Pierre. Il nous parle quand il multiplie le pain pour nourrir une foule. Jésus-Christ nous parle quand il dit qu’il faut prier Dieu comme un Père et quand la voix du ressuscité s’adresse à ses disciples en leur disant « la paix soit avec vous ».

En Jésus-Christ, Dieu nous parle. Croire cela, c’est être chrétien. Nous parlerons donc de Jésus- Christ, parole de Dieu.

C’est au Concile œcuménique de NICEE en 325 qu’a été élaborée l’idée que Jésus était à la fois Dieu et homme. C’était en fait pour condamner l’hérésie arienne qui prétendait que Jésus n’était pas le fils de Dieu. Le symbole de Nicée est commun aux catholiques, aux orthodoxes et aux protestants. (Vous pouvez retrouver ce texte à la fin de notre recueil de cantiques).

Personnellement je ne l’emploie jamais dans nos liturgies parce que je crains qu’aujourd‘hui son vocabulaire ne soit plus compris.

Le Concile de Chalcédoine en 451 complétait le caractère divino-humain de Jésus par cette déclaration:

:« Nous confessons tous à l’union d’un seul et même Christ, Seigneur, fils unique, que nous reconnaissons être « en deux natures » , sans qu’il y ait confusion ni transformation, ni division, ni séparation entre elles, qui s’unissent en une seule personne ».

Je dois dire que l’expression des premiers conciles « des deux natures divine et humaine » de Jésus me met mal à l’aise. J’ai le sentiment qu’on a divinisé Jésus au détriment de son humanité, ce qui apparaît dans nos catéchismes et dans nos liturgies.

Le dogme de la TRINITÉ, « le père, le fils et le Saint Esprit » qui est toujours prononcée dans les baptêmes est, quand on veut bien l’expliquer, ce qu’un théologien appelait « la grammaire de la foi chrétienne », c’est-à-dire parler de Dieu, des évangiles qui nous ont fait connaître Jésus , et de l’Esprit-Saint (esprit de Dieu) dont dépend la conversion des hommes.

Cette doctrine de la Trinité est de plus en plus difficile à expliquer, face à l‘Islam qui accuse les chrétiens de polythéisme, ou aux chrétiens « unitariens » pour lesquels la mention de Dieu leur

parait suffisante.

Bon! Je vais maintenant, à mes risques et périls, dire ce que je crois concernant Jésus, car après tout, quand Jésus demande à ses disciples: « que dites-vous de moi ? », cela ne concerne pas seulement les disciples mais chacun d’entre nous si nous voulons être chrétiens.

Au cours de notre dernière étude biblique j’ai dit « je ne prie pas Jésus mais je prie au nom de Jésus ». Ce qui signifie que quand je pense à Dieu, quand je parle à Dieu, c’est toujours au nom de Jésus, mais aussi au nom de tous ceux qui dans la bible, prophètes ou non, me parlent au nom de Dieu. Dans le fond, je prie Dieu au non de ses interprètes bibliques dont Jésus m’apparaît être le plus décisif.

Jésus n’est pas Dieu et les chrétiens ne sont pas Dieu. Je ne saurais m’associer aux déclarations d’Athanase, un père de l’Eglise qui écrit: « Le fils de Dieu s’est fait homme pour nous faire Dieu ». Mais non plus Thomas d’Aquin au 13me siècle: « le fils de Dieu assume notre nature, afin que lui fait homme, il fait les hommes Dieu ».

Souvenez – vous de la tentation de Satan, dans l’épisode de la chute:« si vous mangez le fruit défendu, vous serez comme des dieux! » (Gen.3.5).

J’ai envie de dire, laissons Dieu à sa place et contentons-nous de ce que dit le psaume 8:
« Quand je vois le ciel, ton ouvrage, la lune et les étoiles que tu y a placées, qui est donc l’homme pour que tu penses à lui, l’être humain pour que tu t’occupes de lui? Tu en as

presque fait un Dieu. Tu le fais régner sur l’œuvre de tes mains ».

Comme chrétien, je crois que Dieu a parlé en l’homme Jésus de Nazareth, habité par l’Esprit de Dieu, et que je puis, moi-même, comme le dit Jean être un « enfant de Dieu », c’est- à- dire, comme Jésus le dit dans son entretien avec Nicodème, connaître par l’esprit Saint une vie nouvelle. *

Quand je pense à Dieu et à tout ce qu’il peut re-susciter de nouveau en moi, c’est la Parole que m’adresse les témoins de la Bible et Jésus-Christ, parole devenue Parole de Dieu pour moi qui me fait dire: « je crois en Dieu, par Jésus-Christ et dans le Saint Esprit ».

Mais Jésus de Nazareth, Jésus-Christ Parole de Dieu parce qu’il était homme, devait mourir comme tout homme doit mourir. Il a été crucifié.

La croix du Christ est d‘abord un scandale pour Dieu. Mais je ne crois pas, comme malheureusement le répètent nos catéchismes et nos cantiques chrétiens que la mort du Christ était la rançon exigée par la justice de Dieu pour pardonner le péché des hommes. Jésus s’est cru abandonné de Dieu (Mat.27.46). Mais ce qui l’a sauvé, c’est qu’il n’a pas perdu la foi et que ses derniers mots ont été de mettre sa vie entre les mains de Dieu:« Père, je remets mon esprit entre tes mains » (Luc 23.46 ), prière que nous aimerions tous dire au moment de notre propre mort.

La croix est aussi un scandale pour les hommes quand, éclairés par la Parole de Dieu, ils réalisent leur propre responsabilité dans ce drame. A l’exemple du Brigand crucifié sur la crois, nous pouvons nous associer à ce qu’il dit à l‘autre brigand:

« Ne crains-tu pas Dieu, toi qui subis la même punition? Pour nous cette punition est juste car nous recevons ce que nous avons mérité par nos actes, mais lui n’a rien fait de mal« . Puis il ajouta:«Jésus, souviens-toi de moi quand tu viendras comme roi» Jésus lui répondit « Je te déclare, aujourd’hui tu seras avec moi dans le paradis ».

Remarquons que le brigand ne parle pas de Jésus Dieu mais de Jésus Roi, et que le paradis n’est qu’une image du salut. Ainsi s’accomplit pour ce brigand et pour nous ce que Jésus disait à ses disciples : « Ceux qui croient en Jésus-Christ ne sont pas jugés »(Jn 3/28).

C’est aussi le message de la résurrection. Jésus ressuscité n’est pas Dieu, mais il est auprès de Dieu (Phil.2.8-12). Comme Dieu lui-même que personne n’a jamais vu (Jn1.18), Jésus est aujourd’hui présent- absent comme ceux qui nous ont quittés et vivent spirituellement cette présence-absence dans « la communion des vivants et des morts ». La foi à la résurrection témoigne de cette béatitude que jésus dit à Thomas : « heureux ceux qui n’ont pas vu mais qui ont cru »

(Jn.20.29) ..
Si la mort de Jésus est acceptable rationnellement (cf le désespoir des disciples d‘Emmaüs (Luc

24.18-22) et le cri de Jésus « pourquoi m‘as-tu abandonné »(Mt.15.34)), la résurrection par contre est un acte de foi en la vie éternelle qui ne peut être comprise que spirituellement.

Les différents récits de la résurrection des évangiles, pas toujours cohérents, comme celui de l’ascension de Jésus au ciel, ou des morts que nous disons qu’ils sont au ciel, ce ne sont que des images qui pourraient se traduire par « au-delà de l’horizon humain » (Actes 1.9) .

Cette absence-présence de Dieu, de Jésus et de ceux dont le souvenir habite nos cœurs est précisément ce que nous vivons dans la célébration de la Sainte-Cène. La Sainte- Cène, a dit Saint Augustin, repris par Calvin, « est le signe visible d’une grâce invisible ». La grâce de Dieu est comme le goût du pain et du vin dans nos bouches. C’est une image, certes, mais c’est aussi une référence du jour où Jésus, à table avec ses disciples leur a dit:

“Quand ce fut l’heure, jésus se mit à table et les apôtres avec lui. Il reçut une coupe et après avoir rendu grâce, il dit: ”prenez-la et partagez entre vous. Car je vous le déclare: je ne boirai plus désormais du fruit de la vigne jusqu’à ce que vienne le royaume de Dieu ”

A la Sainte-Cène, Dieu est là, Jésus est là, l’Eglise visible et invisible est là. La Ste Cène est la prédication du Royaume dont Jésus nous a parlé et dont nous espérons l’avènement qu’annonce le dernier livre de la Bible :

« Dieu demeurera avec les hommes. Dieu lui-même sera avec eux et il sera leur Dieu. Il essuiera toute larme de leurs yeux. il n’y aura plus de mort, il n’y aura plus de douleur, ni lamentations, ni douleur. Les choses anciennes auront disparues. Toutes choses seront nouvelles » (Apocalypse 21.3-4).

En vérité c’est-ce que je crois

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 Orléans – 20/09/2015

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