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Jean 21

Le dernier chapitre l’évangile de Jean (ch. 21), dans l’édition de la Bible Segond (1975), est intitulé épilogue et dans la Traduction Œcuménique (TOB, 1977), ce chapitre est présenté comme appendice ! Pourquoi cette appellation “appendice” donnée par les éditeurs de la Traduction Œcuménique de la Bible ? L’idée que dans l’évangile il puisse y avoir un appendice, parait surprenante. On ne peut passer sous silence la problématique soulevée par ce dernier chapitre de l’évangile.

Vous allez vous faire votre propre opinion. Lisons les quelques phrases conclusives du chapitre précédent, le chapitre 20 : “Jésus a fait encore, devant ses disciples, beaucoup d’autres signes miraculeux qui ne sont pas racontés dans ce livre. Mais ce qui s’y trouve a été écrit pour que vous croyiez que Jésus est le Messie, le Fils de Dieu. Et si vous croyez en lui, vous aurez la vie par lui”. Ces quelques lignes ressemblent fort à une conclusion.

Alors, avec une telle fin de l’évangile, que vient faire le chapitre 21 ? Surtout que ce fameux chapitre se termine lui aussi avec une expression similaire : “ Jésus a fait encore beaucoup d’autres choses. Si on les racontait par écrit l’une après l’autre, je pense que le monde entier ne pourrait pas contenir les livres qu’on écrirait”.

 

Voilà un évangile avec deux conclusions !

On comprend que le chapitre 21 soit vu comme un appendice. Nous n’entrons pas dans les débats de critique textuelle. Ce n’est pas le propos de cette méditation. Mais qu’est ce que m’apporte cet appendice ? Et s’il n’y avait pas d’apparition au bord du lac ? Et s’il n’y avait pas de poissons dans le filet, Et si l’évangile s’arrêtait à la fin du chapitre 20 ? Fort de ces questions je suis parti enquêter. Ayant pris quelque liberté, j’espère que vous ne m’en voudrez pas. Alors avançons ensemble.

 

Et si ce 21è chapitre était une manière pour des hommes de terminer l’évangile. Oui, une manière pour des hommes de conclure l’Évangile entre hommes, par un petit déjeuner sur la plage… Histoire de marquer cette fin du passage de Jésus ressuscité sur terre. Les femmes l’ont vu en premier, elles ont été témoins de la résurrection, mais les hommes mangent avec lui… Ils veulent avoir le dernier mot dans cette histoire. D’ailleurs ils ne s’en sortent pas mal. Ils prennent des décisions entre eux, ils voient le Christ ressuscité, sans que des femmes leur disent : venez voir, nous avons vu… Là ils peuvent retourner en ville dire : nous, nous avons vu, nous avons même mangé avec Jésus ! Et si ce n’est pas cette dimension d’un entre-soi masculin qui a motivé l’écriture de ce chapitre, alors c’est peut-être plus simplement la vérité profonde qui habite ces hommes : la pêche, leur travail.

Retourner à la pêche redonne un sens à la vie après la « disparition » de Jésus. Simon-Pierre leur dit : je vais pêcher : et comme un seul homme, ils répondent : nous allons avec toi ! La grande absente de ce chapitre, c’est la femme ! Mais j’ai poursuivi l’enquête, pour savoir si vraiment elle était absente ? En cherchant, trouvons-nous une femme présente sans être nommée ? Qui peut être omniprésente ? Marie de Magdala ? Que viendrait-elle faire ici sur le bord du lac, c’est une femme de la ville. Marie, la mère de Jésus ? Elle est affligée par la perte de son fils, que ferait-elle là de bon matin ? Mais alors, quelle autre femme ? Physiquement aucune, après tout, la pêche est un univers masculin. Le texte note que Pierre était nu dans la barque.

Après bientôt 36 ans de mariage, je peux témoigner qu’une femme n’a pas besoin d’être présente pour exercer son influence ! Aussi j’ai cherché les femmes absentes qui avaient du pouvoir sur ce groupe d’hommes.

L’enquête continuait. Nous avions un texte d’hommes entre eux. Une absence totale de femme qui m’intriguait et clairement des dynamiques interpersonnelles qui sentent le déjà- vu, le retour aux sources… Regardons à nouveau les dynamiques. Tout d’abord il s’agit bien d’hommes, des amis, des gens qui ont vécu des temps forts, et qui, au travers de toutes ces émotions, se retrouvent à la case départ : au bord du lac avec les filets et les barques. Souvenez-vous comment débute l’histoire : Jésus marche sur la berge et invite ces hommes : venez, suivez-moi, je vous ferai pêcheurs d’hommes. Et dans notre récit du jour, les voilà en train de reconsidérer la pêche au poisson ; celle qui nourrit son homme et sa famille de père en fils. Voilà nos hommes sur le bord de la mer. Alors notre enquête piétine-t-elle ? Nous avons des hommes qui retournent à la mer. Un texte qui ne laisse aucune place à la femme… Mais je soupçonne encore ce texte d’être une réaction aux avantages frappant qu’ont les femmes dans l’Évangile. Car elles sont pardonnées, aimées, restaurées dans leur dignité, généreuses… C’est aux femmes que le ressuscité apparaît. Il fallait donc que les hommes se ressaisissent. Voilà qui fut fait dans cet évangile avec quelques versets en plus, histoire de bien situer les choses. Jésus apparait aux hommes, sur leur lieu de travail, leur espace privilégier, au lieu même de leur première rencontre. Et comme dans un bon film, à la fin, nous retrouvons les personnages du début pour boucler la boucle avec un levé de soleil sur la mer… Trop beau. Mais quelle femme est derrière tout cela ? Une femme qui peut, par sa parole et son influence, donner des ordres. Qui est le chef de ce groupe, le leader qui va entraîner les autres? Il s’affirme et dit : Je vais pêcher ! Voilà, vous l’avez reconnu, il s’agit de… Simon-Pierre. Mais alors, pourquoi va-t-il pêcher ? C’est là qu’intervient une femme. Et je l’entends parler à Simon-Pierre et lui dire quelque chose comme : “Bon, allez, tout ça c’est fini, ça a duré assez longtemps, tu as épousé ma fille, tu nous as nourri pendant plusieurs années, tu es parti faire tes expériences et nous en avons souffert. J’en ai même été malade de cette histoire. Maintenant tu te calmes. Tu vas voir tes copains et ensemble vous allez retourner à la pêche. J’en ai parlé à Madame Zebédée, elle est tout a fait d’accord pour dire que tout ça a bien assez duré. Allez, va pêcher et ramène nous du poisson, beaucoup de poisson que nous célébrions ce retour à la normale. Et beaucoup de poissons hein ?

 

Simon-Pierre sait ce qu’il va faire. Il va faire ce qu’il a souvent fait. Ce que ces ancêtres faisaient. Ce que sa belle-mère vient de lui dire d’aller faire pour retrouver une vie stable. Oui, sa belle-mère, car elle en avait été malade de son comportement irresponsable. Souvenez-vous, c’est elle que Jésus avait guérie de la fièvre (Luc 4.38). Elle et sa fille, veulent un retour à l’ordre alors elles lui ont dit : retourne pêcher. Et Simon-Pierre est parti. En bon mari et gendre, il est retourné voir ses amis. Il les a invité à aller pêcher. Et tout cela est bien sérieux car ces hommes ont passé la nuit dans la barque, mais ils n’ont rien pris. Rien de rien ! Par soumission il est allé pêcher. Il n’y croyait pas, alors les filets sont restés vides. C’est là qu’intervient Jésus, le ressuscité. Mais est-ce vraiment lui ? Que fait-il sur la berge ? Il cuit du poisson, il nous attend ! Une parole de lui et c’est l’espoir qui revit. « Eh, les enfants, n’avez vous pas un peu de poisson ? » Jésus connaît la réponse, c’est pour cela qu’il fait cuire du poisson. Jésus est nourricier. Il nous donne à manger par grâce.

Alors vient la réponse : non, pas de poisson… Jetez le filet du côté droit de la barque et vous trouverez ! Je n’étais pas au bout de mes surprises. Non seulement j’avais trouvé la femme – les femmes – dans la vie de Simon-Pierre – mais en plus, bien plus que la femme, j’avais retrouvé Jésus ! Ils ont pêché pour retourner à la vie normale, mais avec Jésus, la vie change. Simon-Pierre a du mal à rentrer le filet ou du mal à lâcher prise sur le filet ! Il est le seul à tirer dessus. A continuer, à conserver des attaches avec son vieux monde. Finalement, il laisse les poissons dans le filet Jésus a préparé à manger avec d’autres poissons, d’autres pains, d’autres choses. Il y a une vie nouvelle en Jésus !

Et voilà qu’il nous reste 153 poissons pour clore cet appendice, ce chapitre 21. 153 poissons pour satisfaire toute la famille de Simon-Pierre et celle des fils de Zebédée. Plus tard, la belle mère de Simon-Pierre parlera avec la mère des fils de Zebédée et avec d’autres mères pour dire nos fils nous ont ramené tant et tant de gros poissons, 153, il y en avait de trop. On ne pouvait plus vendre, il fallait donner, partager l’abondance. Je vous le demande : qui donne sens à votre vie ? Qui fait éclater les limites ? N’en avez-vous pas assez de rester prisonnier de ce que le monde attend de vous ? N’avez-vous pas besoin d’être libéré, relevé de vos morts, ressuscité ? Il est temps de lâcher prise sur ce qui nous étreint, ce qui nous écrase, lâcher prise sur ce qui nous a déformé pour revenir à l’essentiel, au premier amour, à Jésus votre Sauveur et Seigneur. Je vous invite à relire ce dernier chapitre de Jean et à écrire à votre tour, votre chapitre 22 de cette bonne nouvelle !

 

Et qu’il en soit ainsi, Amen.

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