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La prédication, premier mouvement de la foi

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Actes 10. 34-43

Pour partager l’Évangile en ce matin où nous fêtons la Résurrection, nous avons l’opportunité de laisser résonner en nous l’écho de l’une des plus anciennes prédications, une prédication de celui qui est présenté comme l’un des premiers témoins de la Résurrection justement.

La Réforme, dont nous fêterons les 500 ans l’année prochaine, a remis la prédication au centre de la vie de foi en Église. Pour la Réforme, la prédication est l’unique raison d’être de l’Église. Car elle a pour mission de rendre compte de la dynamique provoquée par la mort du Christ sur la croix et sa résurrection d’entre les morts. En effet, la prédication est le premier mouvement de la foi, ce à quoi tous les témoins de la résurrection sont appelés. Elle est une parole singulière qui naît d’une rencontre avec le Christ Vivant. Elle ouvre à la rencontre du prochain. Et enfin, elle est un geste né de la foi qui fait naître à la foi.
Travailler cette prédication a été pour moi l’occasion d’une drôle de découverte. Au bout d’un moment, je trouvais cocasse d’être en train d’étudier une prédication justement. Et voici que c’est tout le Nouveau Testament (NT) qui m’est apparu comme un recueil de prédications. Comme la trace polyphonique des premiers à avoir pris le chemin du témoignage. En effet, et comme le rappelle Pierre dans sa prédication (v.42), tous ceux qui ont fait l’expérience d’une rencontre avec le Christ vivant ne restent pas comme sidérés mais sont tout de suite envoyés pour proclamer la Bonne Nouvelle. Ainsi la prédication est-elle la première œuvre où sont envoyés les ouvriers, le premier fruit que l’esprit donne de porter.

Et là-dessus, tous les évangiles s’accordent. Tous ceux qui sont allés le matin de Pâques au tombeau ont tous reçu cette mission : va annoncer, témoigne, dis-leur qu’il est ressuscité. Et plus j’entendais avec force cet appel insistant, plus je découvrais un fait étrange.

La seule résurrection que le NT ne décrit pas, c’est celle de Jésus-Christ. Bien sûr que le NT parle de la résurrection du Christ parce que c’est l’événement fondateur que toute prédication doit annoncer. Mais il n’en demeure pas moins que le NT ne décrit pas la résurrection de Jésus-Christ. Les évangiles parlent de ce qui se passe après sa résurrection, quand les femmes vont au tombeau et le découvrent ouvert et vide du corps du Seigneur. Les évangiles décrivent aussi des scènes où le Ressuscité apparaît à ses disciples mais pas un mot sur la résurrection proprement dite.

Au fond, les textes qui composent le NT sont tous des prédications qui parlent de la Résurrection sans décrire la résurrection de Jésus-Christ, en proclamant seulement qu’elle a eu lieu, et nous racontent comment des hommes et des femmes ont été rendus à la vie, comment le Ressuscité libère des liens de la morts ceux qui sont retenus enfermés dans la maladie, la possession ou des discours, qui sous couvert de religion, sont lourds du poids de l’oppression. La prédication témoigne que « là où il passe, Jésus-Christ fait du bien et guérit tous ceux qui sont opprimés » et donne l’occasion aux uns et aux autres de proclamer et d’entendre proclamer « la bonne nouvelle de la paix par Jésus- Christ : le Seigneur de tous. » La prédication est une parole qui actualise l’événement de la résurrection car elle vise à devenir une occasion de résurrection tant pour celui qui parle que pour celui qui écoute.

Mon frère, ma sœur, ce matin encore, l’occasion t’est offerte de mettre de nouveau ta foi en Jésus-Christ et par son nom d’être libéré de tout ce qui t’empêche de vivre en paix une existence vivante. Cette occasion se présente chaque fois que les Écritures sont ouvertes, que l’Église se rassemble autour du festin de la parole, chaque fois qu’un humain témoigne du Christ Vivant.

Ce que nous donne à entendre Luc à travers son récit d’une prédication de Pierre, c’est que la prédication qui naît d’une rencontre avec le Christ vivant est en même temps une possibilité d’expérimenter cette rencontre. Pierre déclare que tous les témoins sont ceux qui ont « mangé et bu avec lui, Jésus-Christ, après qu’il s’est relevé d’entre les morts ».

Le repas dont parle Pierre n’est pas le dernier repas de Jésus avec ses disciples, mais la commémoration de ce repas après la résurrection. Ce qu’il décrit, il nous faut l’envisager largement. Il ne s’agit pas seulement d’un repas mais d’un repas qui fait mémoire de la parole de Dieu, des faits et gestes du Christ, de sa mort sur la croix et de sa résurrection d’entre les morts. Autrement dit, le repas dont nous parle Pierre ici est le repas dont l’aliment principal n’est ni le pain ni le vin mais bien la parole.

La parole est une véritable nourriture pour tout notre être. C’est ce dont témoigne la prédication. La prédication doit servir la parole sur un plateau à toutes celles et ceux qui découvrent en eux une faim qui jusque-là était réprimée pour qu’elle cesserait de faire souffrir. Et la prédication est comparable à l’art culinaire chargée de préparer la parole comme un fruit à présenter à l’âme.

Tout d’abord, ce que nous consommons dans un fruit, c’est la chair. La prédication découpe, décide des morceaux à présenter, choisit si ce qui doit être cru ou cuit, saisi ou mijoté. Elle reste attentive à la décoration en faisant attention toutefois à ne pas dénaturer le produit. Mais n’oublions pas deux autres morceaux qui composent le fruit et que nous ne consommons pas : la queue et le noyau. La queue du fruit qui rappelle que le fruit ne vient pas de nulle part. Il était relié à un arbre. De même la prédication ne vient pas de nulle part, elle est reliée à un ensemble plus grand qu’elle, la parole de Dieu qui lui a donné naissance. Le noyau, lui, est destiné à être jeté, si possible en terre. Peut-être germera-t-il et produira-t-il un nouvel arbre qui portera de nouveau du fruit.
La prédication naît d’une expérience de rencontre avec le Ressuscité. Et voici où il se manifeste :

dans la lecture partagée en Église des Écritures qui lui rendent témoignage. Et nous savons que c’est là qu’il se manifeste parce que tant de fois la lecture partagée des Écritures a nourri tout notre être et de là nous avons pu saluer le passage du Christ dans notre vie. Alors, comme en écho à la proclamation de sa résurrection, rendus nous-mêmes à la vie, nous pouvons témoigner que Jésus- Christ nous a fait traversé la mort.
Mon frère, ma sœur, la prédication est un mouvement inauguré au tombeau ouvert pour nous entraîner vers le Royaume qui vient, là où la mort ne sera plus. Crois cela et la mort n’aura aucun pouvoir sur toi.

Joyeuse Résurrection à nous tous et à chacun.

Amen.

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