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Les 7 paroles du Christ

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Jean 16.12-15

Jésus parle ici à ses disciples peu de temps avant sa mort. Il sait qu’ils ne peuvent pas tout comprendre, tout porter ou supporter, mais qu’ils ne doivent pas pour autant ne plus chercher à comprendre. En effet, tout au long du livre de Jean, l’évangéliste rapporte des paroles de Jésus où ce dernier se définit. Il essaie de dire qui il est afin que ses disciples (et aussi nous, lecteurs) puissent mieux saisir sa véritable mission parmi eux. Il y a quelques semaines, nous avons étudié de plus près avec les catéchumènes les « sept paroles d’identité » de Jésus dans l’évangile de Jean. Nous pouvons lire :

  • Je suis le pain
  • Je suis la lumière
  • Je suis la porte
  • Je suis le bon berger
  • Je suis la résurrection et la vie
  • Je suis le chemin, la vérité et la vie
  • Je suis le vrai cep

 

Jésus parle uniquement en images, en métaphores – on peut dire en énigmes – quand il se définit. Pourquoi ne dit-il pas tout simplement qui il est ? Ce serait tellement simple même pour nous aujourd’hui s’il voulait clairement dire qui il était. Ses disciples aussi ne comprenaient visiblement pas toujours la nature, la mission, ni l’identité de Jésus quand il leur en parlait. C’est peut-être justement notre compréhension trop étroite, trop liée aux choses connues et concrètes qui pose problème. S’il utilise des images et des analogies pour parler de lui-même, c’est qu’il nous aide à comprendre. C’est donc à nous de faire un effort, et de participer activement à cette recherche. Jésus tente avant tout de faire comprendre aux disciples qu’il est bien plus qu’un homme exceptionnel, un érudit ou un maître. Il n’est pas venu pour libérer le peuple de l’oppresseur romain, ou de changer l’ordre des choses. Il est venu dans le but d’un changement bien plus radical et absolu : rendre témoignage à la vérité. Il est intéressant de noter que les deux dernières définitions que donne Jésus de lui-même au cours de cet évangile introduisent l’idée de la vérité de façon explicite. Jésus se dit le chemin, la vérité et la vie, et ensuite (dans le chapitre précédent la conversation que nous avons lue) le vrai cep.

 

Dans le texte du jour Jésus dit à ses disciples qu’ils ne sont pas encore prêts à entendre ou comprendre cette vérité. C’est comme si malgré tout ce qu’il a dit et malgré tout ce qu’il veut encore dire, Jésus sait qu’il y a une part de ses paroles et de son enseignement qui échappe à la raison, à ce que son public est capable de comprendre. Et il leur fait une promesse : l’Esprit de Vérité viendra, et ce dernier continuera à les conduire « dans toute la vérité ». Il est intéressant d’ailleurs que nous retrouvions ici exactement la même image que celle que donne Jésus afin de se définir lui-même : le chemin, la vérité et la vie. Pour arriver à la vérité il faut accepter d’avancer, d’être conduit sur un chemin donné. Jésus lui-même est le chemin et le guide sur ce chemin est l’Esprit Saint, ou comme Jésus l’appelle ici, l’Esprit de Vérité.

 

Nous pouvons nous arrêter un instant sur ce mot – vérité. C’est un mot épineux et difficile, en particulier pour les élèves de terminale qui se préparent pour le bac philo. D’une part c’est un mot qui sème la dispute, qui crée des factions, qui commence des guerres. C’est un mot qui rend arrogant et qui exclu. Mais c’est aussi un mot de justice, qui rend libre quand il est recherché et concrétisé. On peut comprendre « la vérité » de plusieurs façons. La vérité peut, par exemple, être synonyme de la réalité. Une histoire vraie est une histoire racontée à propos de personnes qui ont vraiment existé et d’évènements qui ont vraiment eu lieu. Si je dis la vérité je raconte ce qui s’est vraiment passé et je n’invente rien. Je parle donc en principe de ce qui peut être vérifié, attesté, mesuré et justifié. Dire que Jésus est la vérité peut donc nous mener à le réduire à ce que nous pouvons prouver. Il y a récemment eu un film de Kevin Reynolds sur le grand écran, « La résurrection du Christ », sur un soldat romain envoyé par les autorités romaines pour chercher la vérité sur ce qu’on dit à propos du Christ après sa mort. Il y a quelques années, le film de Mel Gibson sur la crucifixion a fait beaucoup de bruit. La réalité historique et la souffrance du Christ – son procès bâclé, sa flagellation, sa souffrance était mise en scène avec une recherche de réalisme dans les moindres détails. Mais qu’est-ce que ces versions d’une possible réalité nous aident à comprendre au fond ? Etre convaincu que le Christ a existé, qu’il est mort, qu’il a souffert ne nous aide pas forcément à comprendre pourquoi il est venu et ce que nous devons affirmer comme vérité sur lui. Et quoi qu’on dise, il n’y a aucune preuve tangible de la résurrection du Christ.

 

Nous entendons parler de temps en temps de preuves archéologiques et historiques sur le Christ ou d’autres personnes citées dans la bible depuis l’Ancien Testament jusqu’au Nouveau. Quand j’étais à l’université j’ai entendu pas mal de théories sur comment les Israélites et surtout Moïse auraient inspiré, au sein d’un Egypte polythéiste, le monothéisme à Akhenaton (pour mémoire, le mari de la fameuse Néfertiti). L’existence de Ponce Pilate est avérée par des documents et des inscriptions. Les rois et les prêtres de la Palestine de l’époque qui ont condamné Jésus ont vraiment existé et leur nom est cité par des historiens anciens comme Flavius Joseph ou Tacite. Mais est-ce que cette vérité historique nous rapproche de Jésus ? Je ne le crois sincèrement pas.

 

La vérité dont il est question ici est donc autre chose que la réalité ou bien ce qui peut être attesté par un fait ou un document historique. En plus, nous savons que la vérité est parfois relative et peut même changer selon le point de vue, ou le contexte. Au Moyen Age, la vérité était que la terre était plate et le centre de l’univers. Celui qui le mettait en doute pouvait être brûlé car il mettait en question la parole de Dieu. Aujourd’hui, la vérité, même scientifique semble de plus en plus relative. Nous savons que l’univers est bien plus compliqué que nos modèles historiques et même les scientifiques commencent à dire qu’ils comprennent de moins en moins au fur et à mesure de leurs découvertes. J’ai appris l’autre jour qu’en physique quantique quelque chose peut exister et ne pas exister au même moment, comme le fameux chat de Schrödinger que je ne vais certainement pas tenter d’expliquer car je ne suis pas certaine d’avoir compris moi-même…Les philosophes débattent et se disputent depuis des siècles sur une définition de la vérité. Est-elle universelle ? Dépend-elle uniquement de nos cinq sens ? Est-elle créée par chaque individu ?

Cette relativité peut être déconcertante. A qui se fier ? Quelle vérité exprimer ? Peu de temps après la conversation avec ses disciples que nous venons de lire Jésus sera arrêté et amené devant Pons Pilate. Et de nouveau il sera question de vérité. Dans Jean 18 à partir du verset 36 nous pouvons lire : Mon royaume n’est pas de ce monde, répondit Jésus. Si mon royaume était de ce monde, mes serviteurs auraient combattu pour moi afin que je ne fusse pas livré aux Juifs; mais maintenant mon royaume n’est point d’ici-bas. Pilate lui dit: Tu es donc roi? Jésus répondit : Tu le dis, je suis roi. Je suis né et je suis venu dans le monde pour rendre témoignage à la vérité. Quiconque est de la vérité écoute ma voix. Pilate lui dit: Qu’est-ce que la vérité ?

 

Pilate semble dire ici en effet que chacun a sa vérité. Il voit devant lui un homme probablement innocent selon la loi romaine, mais condamné à mort pour avoir bousculer la vérité des Juifs. Pilate ne partage pas la vérité des juifs et ne peut ni ne veut juger de qui a tort et qui a raison. D’un geste symbolique – se lavant les mains – Pilate va se débarrasser de cette question où plusieurs vérités semblent se confronter. Comme Pilate, nous avons aussi par moment la tentation de hausser les épaules et de dire que la vérité est tellement relative, tellement impossible à définir et à saisir que mieux vaut ne rien croire. Dans notre monde, où à l’heure que nous parlons, tant de gens sont persécutés ou tués pour la vérité d’un groupe, où tant de gens sont condamnés, exclus ou mis à l’écart pour une vérité mal comprise, ignorée ou bafouée, il pourrait effectivement sembler plus sage de dire que la vérité est seulement personnelle et mieux vaut ne plus rien confesser ou affirmer. Nous voyons donc d’une part, la vérité est plus relative que ce que l’on croit. Et d’autre part, certains se réfugient dans l’ambivalence pour ne pas avoir à choisir. Regardons cependant de nouveau la réaction de Jésus.

Jésus sait que la vérité est difficile à comprendre, car elle n’est pas ce à quoi on pourrait s’attendre : si Jésus avait été un libérateur politique, ses acolytes auraient utilisé des armes pour le libérer. Il devait d’ailleurs savoir que beaucoup de ceux qui le suivaient étaient très déçus à ce moment-là, car ils avaient vu en Jésus le libérateur de la Palestine. Il se dit roi mais pas d’un royaume terrestre ou profane. Sa mission est d’une tout autre réalité – il est venu, comme il le dit  rendre témoignage à la vérité. De quelle façon la vérité, représentée par Jésus, et communiquée par l’Esprit Saint, peut-elle être réelle et aussi universel ? Quelle vérité peut réconcilier les peuples et éviter le conflit ? Je crois que cette vérité réside en partie dans les définitions que Jésus a données de lui-même tout au long de l’évangile de Jean.

Quand il a dit qu’il était le pain, il a montré qu’il n’est pas seulement essentiel à la vie, mais aussi accessible et généreux. Le pain est un aliment de base dans notre civilisation comme pour les juifs à l’époque. C’est la nourriture des riches et des pauvres. C’est aussi le souvenir pour nous de la vérité, certes mystérieuse, de la mort et de la résurrection du Christ.

Jésus se dit lumière : tout aussi essentiel que la nourriture à la vie, à la photosynthèse, la lumière du soleil est là pour tous. Elle ne tombe pas que sur les justes, mais sur tous. Jésus nous rappelle que nous sommes la lumière du monde. Quand la nuit tombe et que l’ombre de la guerre, de l’injustice, du conflit risque de tout rendre obscur et indéfini, nous sommes là pour éclairer, pour faire briller justice et amour.

Jésus dit aussi qu’il est la porte. Une porte qui est ouverte pour laisser entrer dans la maison du Père tous ceux qui le désirent, une porte qui protège contre les dangers de l’extérieur, mais aussi une porte qui laisse partir librement celui qui le souhaite. Jésus dit qu’il est le bon berger qui donne sa vie pour protéger ses brebis. A sa naissance Jésus a reçu les prières des bergers, et aussi des cadeaux des rois mages. Il était érudit et pouvait débattre à l’âge de 12 ans dans le temple de choses compliquées. Pourtant il choisit de se définir non pas comme rabbin ou mage, mais comme simple berger. Une fois de plus Jésus n’est pas dans une vérité de ce monde où la position sociale et le salaire définit quelqu’un. Il va choisir le plus humbles des métiers pour se définir.

Jésus se dit aussi le chemin – ce chemin qui nous fait marcher, qui nous rassemble tous pour avancer : femmes et hommes, grands et petits, riches et pauvres ; un chemin qui indique et suggère par où aller mais qui ne force pas pour autant l’individu à suivre la masse, ou à marcher au pas. Comme nous avons vu plus haut, le guide sur ce chemin est l’Esprit de Vérité.

Finalement Jésus se dit le vrai cep. Nous sommes comme des sarments qui poussent sur la branche. Nous faisons partie de lui, même si nous sommes indépendants. Nous produisons des fruits nous-même mais seulement parce que l’eau et la nourriture qui viennent depuis les racines de la vigne passe par lui. Un cep ancre, nourrit et protège le sarment sans pour autant en déterminer la direction ni la taille. Nous portons des fruits car nous puisons notre force dans la vérité du cep.

La vérité de Jésus est en partie mystérieuse et il cherche à nous mettre sur la voie de sa découverte en procédant par des affirmations qui sont en même temps des énigmes. Il veut nous mettre seulement sur la voie… par sa voix. A travers toutes ces images nous voyons donc que la vérité de Jésus n’est pas une vérité exclusive, ni une vérité devenue tellement relative qu’elle n’a plus de sens. Cette vérité est amour, humilité et avant tout union. Comme le sarment pousse dans le cep, comme Jésus fait partie du Père et du Saint Esprit, nous faisons partie de son amour infini. L’union avec le Christ librement consentie, et le partage sans condition ni jugement de son amour avec quiconque croise notre chemin sont en fin de compte une vérité que nous pouvons affirmer sans exclure qui que ce soit, sans provoquer de dispute. Nous n’avons pas besoin de preuves historiques, ni de confrontation avec d’autres interprétations d’une vérité absolu – qu’elle soit philosophique, religieuse ou politique – pour partager la vérité du pain quotidien, pour être à notre tour porte, bon berger ou chemin pour les autres. Et l’Esprit de Vérité envoyé depuis le Père par Jésus Christ est présent tout le temps et en tous lieux pour nous aider à puiser notre force et notre foi non pas dans nous-mêmes mais dans le vrai cep dans lequel nous sommes solidement ancrés.

 

Amen

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