Protester pour Dieu, protester pour l'Homme

Liberté Egalité Fraternité, exilés : l’accueil d’abord !

Retour à toutes les actions

Genèse 18.1-10.16 ; Luc 10.38-42

Trois hommes apparaissent au regard d’Abraham !

Trois hommes dont on ne sait rien, mais le voilà qui s’élance à leur rencontre pour les inviter en leur faisant les honneurs de celui qui accueille.

 

Ce faisant, Abraham évite deux écueils :

Que les trois hommes poursuivent leur route sans rien demander ni lui adresser la parole !

 

Peu probable dans ces temps anciens, ne serait-ce que pour l’eau. Mais de nos jours, hypothèse très réaliste, tant l’indifférence, la méfiance, la peur de l’échec mêlées pourraient rendre la rencontre ni désirée ni souhaitée.

 

Que les trois hommes se trouvent dans la situation de devoir solliciter eux-mêmes l’hospitalité !

 

Ca, c’est quelque chose dont l’actualité nous fait si souvent écho, au point que nous pourrions en arriver à en être fatigués, et ce faisant laisser s’émousser nos devoirs d’humanité.

 

En faisant l’invite, en s’élançant à leur rencontre, Abraham nous donne à voir ce qu’est un Juste. Plus que par la morale, ou le sens du devoir, il nous faut retenir un élan, celui d’un homme qui vit devant Dieu.

 

Il se trouve que le récit de ce moment d’accueil, de fête et de repos se poursuit dans le récit de la Genèse : Il y a l’annonce qu’une promesse va se réaliser : Sara – contre toute évidence – va être enceinte ; elle aura un fils !

 

Annonce de la réalisation de la bénédiction au cœur de la chaîne humaine. Importance de cette bénédiction qui n’est pas que pour la descendance d’Abraham et de Sara, mais à travers celle-ci, bénédiction pour toutes les nations.

 

Abraham, homme de l’accueil, de la confiance, dans une disponibilité à la Parole qui l’a mis en marche, reçoit avec sa femme, ce qu’ils n’espéraient plus, ou ce qu’Abraham  « espérait contre toute espérance ».

 

Puis, il y a cette annonce du projet de détruire Sodome et Gommhore, et la plaidoirie d’Abraham pour que les villes soient épargnées et non condamnées pour peu qu’il y ait dix Justes qui y vivent.

 

Au passage, je me permet de souligner combien, au milieu du chaos, la présence de Justes est signe qu’il  y a un «avenir à espérer». Le témoignage des Justes, par leur présence et leur action bienveillantes, est bénédiction agie portée sur les territoires où ils vivent. On n’est pas Juste « pour soi ».

 

Pour beaucoup, le projet puis la mise en œuvre de cette destruction punitive et purificatrice serait signe d’une condamnation manifeste par Dieu de l’homosexualité masculine. Pour ma part, – mais je n’ai pas le temps de développer plus longuement ici – je crois qu’il n’en est rien.

M’apparaît évident que les cris qui sont montés contre ces villes rejoignent la  plainte des humains de tous temps et de      tous lieux contre l’esprit de corruption et de violence, contre le chaos que cela génère. Dans ce chaos et cette violence, il y a le refus de l’accueil de l’étranger, il y a la sempiternelle méfiance, et partant le désir de mettre la main sur lui, de prendre possession de ce qui n’est pas comme moi, et cette violence-là prend souvent la forme du viol !

 

 

Nous voilà donc dans le récit, avec deux annonces, une annonce de bénédiction dont la répercussion sera pour toutes les nations… et une annonce de malédiction, ce NON de Dieu porté sur toutes brutalités commises contre les enfants de la terre, frappés, meurtris, menacés à cause de leur différence, de leurs malheurs antérieurs, à cause de leur étrangeté. Violence qui se porte sur qui ne rentre pas dans les cases prédéterminées des bien pensantes de chaque moment de l’histoire humaine.

 

Revenons à l’Accueil fait par Abraham aux trois hommes…

« Seigneur, si j’ai trouvé grâce à tes yeux, ne passe pas, je te prie,

sans t’arrêter chez moi, ton serviteur ! »

 

Il y a là une formule de politesse dans une forme d’intense dévotion, qui devait être initialement  dans les récits initiaux une adresse plurielle («mes seigneurs»). Une politesse comme on ne saurait l’oser aujourd’hui. Une telle insistance nous semblerait être celle d’un fâcheux importun. Oui, il y a là une insistance pressante, celle de quelqu’un qui s’engage au travers des paroles qu’il formule. Abraham ne se contente pas d’accueillir, il va à la rencontre… Plus tard il prendra la peine de les accompagner, le temps d’un bout de chemin.

 

Mais voilà que le « rédacteur final », ou en tout cas une des dernières ré-écritures remanie et restructure le récit. La forme plurielle probable, « Mes Seigneurs », devient un singulier « Mon Seigneur » ou « Seigneur » tout court. Et ce passage au singulier vient soutenir une ambivalence dans le récit : qui Abraham accueille-t-il ? À qui s’adresse-t-il ? Qui lui parle ? Les trois hommes ou le Seigneur ?

 

Tout se passe comme si cette rencontre avec trois hommes était manifestation de la présence de Dieu, ce que le début du chapitre nous laisse induire. Un sentiment nous parcourt et qui semble parcourir  Abraham – intuitivement sans doute – que ces trois pèlerins sont envoyés par Dieu, et même on soupçonne qu’il s’agit à travers eux du dialogue entre Abraham et Dieu.

 

Ce sentiment devient ceci qu’en accueillant les trois hommes, c’est Dieu lui-même qu’Abraham a accueilli. Ce Dieu qui porte sa bénédiction et sa promesse, sa malédiction et ses refus.

 

Ainsi, l’acte d’accueil de l’étranger, de celui qui se déplace, prend une signification nouvelle, un peu analogue à celle qu’on trouvera plus tard dans la bouche de Jésus de Nazareth, le Christ : « Ce que vous avez fait au plus petit, c’est à moi que vous l’avez fait ».

 

C’est ainsi, avec le regard renouvelé par la méditation de ce récit que je reçois la campagne lancée par notre Eglise et d’autres partenaires qui à l’occasion de notre fête nationale fait rythmer ensemble la devise républicaine, Liberté, Egalité, Fraternité, et cette conviction qui engage et invite à être partagée : Exilés : l’accueil d’abord !

C’est le résultat d’une demande du Synode national de Nancy, après avoir entendu notamment le témoignage d’une pasteure de l’Eglise Evangélique Vaudoise d’Italie. Elle a évoqué devant nous cette initiative œcuménique portée par la Fédération des Eglises Protestantes d’Italie, la Communauté de San Egidio (réputée pour ses engagements en faveur de la paix dans le monde) et la Table Vaudoise, initiative « Couloirs humanitaires », soutenue par l’Union européenne, et qui est quasiment le seul projet de cette nature actuellement.

 

Pour beaucoup d’entre nous, je le sais bien, pour beaucoup de nos concitoyens, pour beaucoup parmi nos autorités, il y a une peur, une crainte, celle d’être débordés. Cette peur d’être devant des ruptures qu’on ne saurait maîtriser… Bien sur, tout étranger ne se comporte pas forcément comme dans notre récit de la Genèse comme un envoyé de Dieu (pas plus que nos responsables, pas plus que nous-mêmes).

Mais les craintes ne sont pas toujours source de sagesse ni inspirées par elle, et risquent de confondre (au sens réel de confusion) crainte devant les effets possibles avec ces sentiments d’indifférence au sort d’autrui, voire d’hostilité ouverte, encouragée quand on fait appel à ce qu’il y a de plus bas et de plus vil dans le refus de l’autre.

 

On se trouve devant ce qui est la vraie faute de Sodome et Gomorrhe, la brutalité à l’égard de celui qui vient, l’entretien des peurs et la culture de l’hostilité.

 

Alors il nous faut revenir à cette formule ambivalente du récit de Genèse 18, formule à double signification, qui dit tout autant accueil de l’autre dans son humanité, et accueil du Seigneur. On ne peut les assimiler, mais il ne saurait y avoir de dissociation :

 

« Seigneur, si j’ai trouvé grâce à tes yeux, ne passe pas, je te prie,

sans t’arrêter chez moi, ton serviteur ! »

 

Il nous faut laisser une disposition en nous à ce que fut l’élan du père Abraham, le Juste. Qui était lui même un étranger voyageur, qui avait pris le risque de quitter son pays pour suivre l’appel de Dieu, « sans savoir où il allait », sans calcul, sans évaluation des risques. par confiance.

Que celui qui a des oreilles, qu’il entende !

 

Abraham, l’homme de la confiance et de l’espérance, n’est-il pas

« Celui qui attendait la cité qui a de solides fondations, celle dont Dieu est l’architecte et le fondateur »  (Hébreux 11.10)

 

Amen

Infos pratiques

Jean-Christophe Muller pasteur à Nîmes

Partagez sur les réseaux sociaux