Protester pour Dieu, protester pour l'Homme

Miracles, prière et exaucement

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Actes 8.26-40 // 1 Rois 17.17-24 // Luc 7.11-17

« La vieille Mélanie attendait d’un cœur joyeux et patient le moment où elle partirait auprès du Christ qu’elle avait servi pendant toutes ces années. Un jeune catéchumène lui demanda un jour : et si en fin de compte, Dieu ne vous recevait pas dans son paradis ? – Alors là, ça m’étonnerait, dit-elle l’œil alerte, j’y perdrait peut-être mon âme, mais Dieu lui, y perdrait sa réputation ! »

Cette petite histoire rappelle un peu celle d’Elie en ceci que Dieu est comme rappelé à l’ordre par ses plus fidèles serviteurs. Autant il y a plein de malice affective de la part de la vieille dame, autant Elie, lui n’a pas l’air de plaisanter. Il faut dire qu’il n’est pas très à l’aise… c’est le moins qu’on puisse dire ! Lui, le prophète du Dieu des patriarches, doit faire face à la révolte d’une mère déchirée par l’injustice. Elle avait tout perdu a part ce fils pour qui elle vivait encore malgré la terrible famine qui sévissait dans tout le pays. Pourtant, elle n’a pas hésité un instant quand Elie s’est présenté comme son hôte et sa générosité l’a naturellement conduite à héberger cet homme, et à le nourrir. Alors que lui voulait-il encore ? Elie ne peut répondre…il n’y a pas de réponse à l’injustice de la vie ! Nous prions tous pour que Dieu nous protège des accidents, des maladies, des catastrophes ou du chômage. Alors pourquoi cela semble parfois si inutile ? A quoi cela sert-il finalement ?

Bien des athées nous le font remarquer : si les chrétiens étaient particulièrement protégés comme il le proclament, cela se saurait. Et pourtant, les miracles, ces situations improbables qui ont sauvé des vies in extremis, existent dans chaque famille… et autant chez les hommes de foi que les autres ! A chacun de l’expliquer à sa manière : heureux hasard ou intervention divine ? Concours de circonstances ou réponse à nos prières ? Tout compte fait, Dieu n’a-t-il pas trop souvent perdu la face et nous avec pour que nous nous fiions complètement à lui ? Peut-on réellement compter sur lui ?

D’autres, encore de nos jours, affirment que le malheur touche ceux qui n’ont pas assez de foi ou qui sont dans le péché… à l’inverse alors pourquoi les miracles toucheraient tous ces athées heureux ?

Au fond, les miracles de nos jours sont en voie de disparition étant donné que nous avons les moyens d’expliquer à peu près tout …et quand bien même on se trouve devant l’inexplicable, l’inconcevable, on se retourne avec désintérêt de ces phénomènes classés aussitôt comme parapsychologique ou psychosomatiques c’est à dire imaginaires et donc hors du réel. Réel, réalité, …. nous voilà à nouveau dans la quête éternelle de vérité !

Et alors ? Que prouvent les miracles ? Que l’homo sapiens n’a pas encore tout compris du monde et de l’univers ? Que Dieu existe ? Si cela suffisait, il n’y aurait plus de polémique à son sujet ! Il est vrai que l’on pourrait comprendre les deux récits de résurrection d’enfants lus ce matin comme des démonstrations convaincantes. La veuve de Sarepta est effectivement raffermie dans sa foi, et à Naïm, le spectacle de résurrection se répand dans tous les villages alentours, provoquant plusieurs vocations.

Mais je ne pense pas que ce fut l’objectif de Jésus : il a agi sur un élan de compassion non prémédité. Il ne comptait pas se mettre en avant, rivaliser avec la mort ou prouver sa toute puissance. Il souffrait de voir cette femme si seule, perdue dans la foule, lâchée par la vie… dont l’âme était peut-être aussi morte que son enfant.

Contrairement à la dame de Sarepta, elle ne trouve même plus la force de se révolter. Dans la foule qui l’entoure, la presse et la conduit, elle flotte comme brin de paille détachée de la réalité où vie et mort se confonde. Elle est décrochée de la vie, n’a plus de besoin, de demande, de désir.

C’est…ou ce fut, le cas d’un bon nombre d’entre nous ou de nos connaissances : une épreuve, un deuil, une déprime ou un burn-out… Tous ces symptômes qui flirtent avec psy, psychiatrie, anormalité, handicap et différence … Des mots tabous, des mots qui font peur, alors notre société a pris l’habitude de les cacher, de les isoler et de les tenir à l’écart pour ne pas troubler les bien-portants.

En Afrique les sagesses ancestrales prône tout autre chose : « Chez le malade, ce n’est pas le corps qui est atteint le plus souvent mais son âme. Celle-ci réclame quelque chose à l’âme de la communauté, et le traitement doit être recherché au niveau de la relation aux autres. »… « si une personne est malade, c’est que la communauté toute entière a un problème de communication… » : curieux non ? Ils ont compris une chose : l’homme a ce besoin vital d’être relié à sa famille, à ses semblables et à la présence spirituelle divine qui enveloppe la vie, la féconde et la nourrit. Dans la plupart des maladies, ou des souffrances, une des causes ou conséquences est le repli sur soi, l’isolement, et la rupture relationnelle avec la vie. C’est drôle comme d’une certaine façon, la situation est à l’image des modes de communication modernes : nous sommes tous connectés de près ou de loin au fameux « réseaux sociaux », ce filet invisible de plus en plus dense qui met en relation n’importe quel individu avec l’humanité entière … mais dès qu’il y a un bug, dès que la connexion ne passe plus, nous voilà dans une solitude insupportable, coupés du monde et de la vie !

N’est-ce pas un peu le tableau que l’on découvre dans les actes : au milieu de nulle part, dans le désert de Negev, une riche caravane revenant de Jérusalem. Là un homme respecté et entouré d’une suite due à son rang. Pourtant, il est seul, perdu dans l’incompréhension de ce qu’il lit. Il est allé jusqu’à Sion, la source de sa foi, il a fait le déplacement long et risqué pour trouver une réponse à sa quête. Mais vraisemblablement il n’a trouvé que portes fermées et exclusion, rejet de sa peau noire et sa langue éthiopienne. Pourtant, il sent le besoin vital de se connecter à cette vérité qu’il ne comprend pas encore.

Et c’est là que se produit le miracle : un théologien lui tombe du ciel ! Philippe est littéralement envoyé sur place …on pourrait dire « téléporté » ! et l’aborde sans préambule. L’Egyptien, ne semble pas inquiet du tout, ni même surpris. Il est dans un état d’esprit d’ouverture maximum à toute chose ou personne qui pourrait lui dévoiler la vérité. Tout en relisant ces textes comme une litanie dans cette immensité silencieuse, il est sans doute dans un état de profonde méditation, son esprit s’abandonne totalement à la prière, une prière sans mots mais d’une totale présence offerte, une déposition sans réserve de son âme et de sa personne. Il est prêt à la rencontre qui lui ouvrira la voie à cette nouvelle vie de joie et de lumière, cette vie connectée au Christ, et à son église en prière. Par son baptême, cet homme auparavant perdu dans son ignorance, seul dans le désert de son incompréhension, entre dans le grand corps du Christ ressuscité : c’est là le véritable miracle de guérison. Il n’est plus seul désormais, il est entré en communion avec le peuple de Dieu, dans sa présence infinie.

Ce matin à travers nos trois récits nous avons assisté à trois renaissances, trois relèvements ou tout simplement trois résurrections ! La première dans la discrétion d’un foyer, la deuxième dans l’éclat spectaculaire d’un évènement public et la troisième, au milieu de nulle part, entre quatre yeux dans l’immensité déserte…ce grand vide plein de tout ! Il est intéressant de savoir que le mot « désert » en hébreux, a la même écriture que le mot « parole » : c’est souvent dans le désert de nos doutes, de nos épreuves ou de nos maladies que nous sommes « relevés » à une nouvelle naissance par la parole ou la prière.

« Veillez et priez », « tout ce que vous demanderez en mon nom, cela vous sera donné », des promesses en l’air ? Non, bien sûr ! Car que fait-on au juste quand on prie ? On fait notre demande et très vite, on la conditionne d’un « mais que ta volonté soit faite » …alors pourquoi prie ? Dieu connait bien sa volonté sans qu’il n’ait besoin qu’on la lui suggère. N’est-ce pas une façon inconsciente de ne pas perdre la face, car, il faut bien le dire, nous n’avons pas l’assurance de Pierre et Jean qui relevaient les infirmes d’une simple injonction !

Si la personne pour qui on prie ne guérit pas, cela veut-t-il dire pour autant que c’est là la volonté de Dieu ? Et pour nous, quel réconfort puisque l’on a une chance sur deux que rien ne change ?

Ce qui est ressorti de nos échanges en équipe avec le groupe « Prier ensemble », c’est que justement, il y a toujours un effet à la prière. Quelqu’un disait : « la foi ça ne sert à rien mais ça change tout »… la prière aussi, ça ne sert à rien mais ça change tout ! En effet, la prière n’est pas une formule magique, ni une ordonnance thérapeutique, elle est une connexion spirituelle et vivifiante qui peut conduire à la guérison. La prière ce n’est pas un moyen, mais un état d’être, un mode de présence et de relation. A partir du moment ou l’on prie, on se connecte au grand réseau de priants, on se relie au corps du Ressuscité, on entre en communion de foi, dans sa présence et avec nous on entraîne tous ceux pour qui l’on prie. Dés lors, la prière remet ces personnes debout dans la lumière et les réintègre dans la relation d’amour, dans le cours de la vie. Mais en prime, la prière confiante et convaincue, est une entière déposition de nos peines et nos soucis …déposer c’est lâcher, confier, et ne plus y penser ou en tout cas, ne plus s’en soucier… si par contre prier ne nous allège pas de nos inquiétudes alors oui, je dirais : à quoi bon ? Lorsque l’on confie une tâche à quelqu’un c’est en général pour ne plus avoir à s’en préoccuper. Si on laisse son enfant à la garde de quelqu’un, c’est pour avoir l’esprit tranquille. Alors, acceptons avec joie et confiance ce précieux privilège de la prière : elle relève et libère, elle renforce et relie au grand réseau de foi et elle traverse le temps et l’espace : c’est là le miracle qui change tout. Car, en communion de pensée, de compassion et de joie, guéris de nos soucis et de nos peurs, vivifié par sa présence, nous serons capables de déplacer des montagnes ! Et pour conclure je vous invite …à prier !

Cette prière inspirée d’un texte composé par un groupe d’handicapés, gravé sur une tablette de bronze dans un Institut de réadaptation, à New York.

«Mon Dieu, je t’avais demandé la force pour atteindre le succès ;

Tu m’as rendu faible, afin que j’apprenne l’humilité et la confiance.

J’avais demandé la santé, pour faire de grandes choses ;

Tu m’as laissé dans l’infirmité, pour que je fasse des choses meilleures.

Je t’avais demandé la richesse, pour que je puisse être heureux ;

Tu m’as fait connaître la pauvreté, pour que je puisse être sage

J’avais souhaité l’admiration, pour être apprécié des hommes ;

Tu m’as donné la faiblesse, afin que j’éprouve le besoin de Toi.

J’avais demandé des choses qui puissent réjouir ma vie ;

j’ai reçu la vie, afin que je puisse me réjouir de toutes choses.

Je n’ai rien eu de ce que j’avais demandé, mais j’ai reçu tout ce que j’avais espéré.

Presque en dépit de moi-même, mes prières informulées ont été exaucées.

Dans cette communion universelle, je suis, parmi tous les hommes, le plus richement comblé.

Merci mon Dieu ! »

Amen

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