Protester pour Dieu, protester pour l'Homme

Ne nous lassons jamais d’invoquer le Saint-Esprit

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Exode 17.8-13 ; 2 Timothée 1.6-14 ; Jean 1.1-9

Je ne sais pas si vous y avez fait attention, mais tout à l’heure nous avons appelé le don du Saint-Esprit sur nos nouveaux prédicateurs. Nous l’avions d’ailleurs invoqué au début du culte, puis nous avons réitéré juste avant les lectures et enfin, nous n’hésiterons pas à le faire de nouveau pour la Sainte-Cène. Cela ne fait jamais que quatre fois, et donc de deux choses l’une, ou le Saint-Esprit est un peu dur d’oreille et il faut l’appeler souvent, ou bien, il est fort dissipé et il faut le rappeler sans cesse.

 

A moins que ce soit nous qui avons un problème avec l’Esprit Saint, et qui ne savons pas toujours quand il est là ni à quoi il sert. J’en prends d’ailleurs pour exemple nos deux traditions ecclésiales. Dans les liturgies réformées, à la fin de la confession de foi, on dit : je crois en l’Esprit-Saint (virgule), je crois la Saint Eglise Universelle, etc. Vous pouvez vérifier, c’est écrit comme ça dans vos cantiques. Et donc, en l’occurrence, selon cette formule, on ne dit rien du Saint-Esprit. Inversement, dans notre tradition luthérienne, nous avons l’habitude de dire : Je crois au Saint-Esprit, la Saint Eglise Universelle, la communion des Saints, etc. Et dans ce cas là, le Saint-Esprit, c’est toute la fin du crédo.

J’en conclus donc que soit on ne dit rien du Saint-Esprit, soit on dit tout, mais on ne dit jamais franchement qui il est, ni ce qu’il fait exactement. C’est un peu embêtant.

 

Si j’en crois l’apôtre Paul, en particulier dans la lettre à Timothée que nous avons entendue, le Saint-Esprit se reçoit lors de l’imposition des mains et il nécessite d’être ravivé régulièrement. C’est un peu comme si nous aurions fait le plein de Saint-Esprit lors de notre Baptême, et qu’ensuite, pour ne pas perdre en autonomie, nous aurions besoin de repasser à la pompe de temps en temps. Dans ce cas, le Saint-Esprit serait en quelques sorte notre carburant, et il est d’ailleurs étonnant que le mot « esprit » signifie aussi « essence » en chimie. Le Saint-Esprit serait donc une forme d’énergie qui nous donnerait de la force, comme le dit Paul. De là à en faire l’objet de nos dérives, il n’y a qu’un pas, et nombre de chrétiens ont vu dans le Saint-Esprit un moyen de puissance qui permettrait de guérir, de prophétiser, de parler la langue des anges, c’est à dire, de faire des miracles au point de finir par se croire un surhomme auprès des communautés. Nous en connaissons de ces gourous qui mettent le Saint-Esprit à toutes les sauces et s’imaginent être les seuls à le posséder. Méfions-nous quand même de ne pas nous servir du Saint-Esprit pour assouvir nos envies de domination, je sens qu’il n’aimerait pas..

 

A tout prendre, il vaut peut-être mieux réfléchir à l’Esprit-Saint à partir de l’étymologie. Ainsi, spiritus en latin signifie littéralement : principe de vie. Et le mot vient du verbe spiro qui se traduit par « souffler, respirer ». C’est vrai que dans la Bible, le Saint-Esprit est d’abord le souffle de Dieu, et cela correspond bien au mot « Pneuma » en grec qui nous a donné pneumatologie. Dans cette perspective, le Saint-Esprit ne serait plus l’énergie qu’on met dans le moteur mais le moteur lui-même. C’est dire que l’Esprit-Saint serait au cœur de notre vie, c’est lui qui nous donne le souffle de vie, celui-là même que nous rendons au dernier jour. C’est aussi lui qui nous fait avancer, et il est assez curieux que la racine du mot esprit se retrouve dans le verbe espérer. Non seulement l’Esprit de Dieu nous anime mais en plus il nous tire en avant. L’espérance, c’est aussi l’attente joyeuse, la patience tranquille, et ça permet de retenir son souffle dans certain cas, d’où la fameuse maîtrise de soi dont nous parle Paul. Ainsi, le Saint-Esprit serait le garant de notre intégrité et de notre humanité. Il ferait de nous de braves gens, sans esprit péjoratif. Toutefois, je me méfie un peu d’un don de Dieu qui ne servirait qu’à soi. Je sens qu’il n’aimerait pas.

 

Aussi, je vous propose de voir le Saint-Esprit encore autrement. Et j’en appelle à nouveau à Paul qui demande à Timothée de souffrir ce qu’il souffre. On appelle cela la sympathie, ou mieux encore, l’empathie. Si le Saint-Esprit sert à ça, alors il est plus qu’une énergie ou un moteur, il devient un moyen relationnel. Et c’est ainsi que le concevait le théologien Karl Barth qui voyait l’Esprit-Saint comme le lien d’amour qui unit le père et le fils au sein de la Trinité. En fait, il n’aurait d’autre fonction que celle de nous rappeler la présence de Dieu à nos côté, ou mieux, à nous la faire ressentir. Il ne servirait qu’à nous conforter sur la place du Seigneur dans notre monde, ce qui est déjà pas mal.

Dans cette perspective, être inspiré ne signifierait pas avoir la science infuse mais être en relation de proximité avec notre Dieu, ce qui confère de la confiance et, dans certain cas, de l’assurance. L’Esprit ne nous donnerait ni force, ni volonté, mais il nous aiderait à puiser en nous la force et la volonté qui nous vient quand un ami nous soutient. Il serait pour nous comme Aaron et Hour envers Moïse.

Et au delà de cela, il nous permettrait d’être les témoins, non pas d’une histoire vieille de 2000 ans mais d’une présence du Christ ici et maintenant.

 

Vous comprenez, ce n’est pas le Saint-Esprit qui nous donne l’amour, la patience, la bonté et tous les fruits dont parle Paul, mais parce qu’il est de l’ordre de la relation, il nous permet de chercher en nous-même toutes ses qualités. C’est comme une relation amoureuse : ce n’est pas l’autre qui vous transmet une part d’amour mais c’est la relation à l’autre qui suscite de l’amour en vous. Et ça, c’est comme une flamme, ça se ravive régulièrement.

Ainsi, frères et sœurs, quand nous en appelons au Saint-Esprit, ce n’est pas pour que Dieu nous donne quelque chose en plus mais pour qu’il nous aide à offrir ce que nous avons de mieux dans le cœur et l’esprit. En ce sens, ne nous lassons jamais d’invoquer le Saint-Esprit, il est non seulement celui qui nous révèle Dieu, mais aussi celui qui nous révèle le meilleur de nous-même. Et ça, c’est parfois très beau.

Amen.

Infos pratiques

Fabrice Pichard

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