Protester pour Dieu, protester pour l'Homme

Protester pour la liberté de conscience

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Exodes 6, 2-8 // 1Co 10, 23-33

 

Nous avons résolument voulu placer ce prêche des haies, qui commémore les 450 ans du mouvement iconoclaste dans les Flandres, sous le signe de la protestation pour la liberté de religion et de conscience. Une protestation pour la liberté du for intérieur de chaque personne, qu’aucun système politique, aucun Roi d’Espagne, aucune idéologie, aucune religion  n’a le droit de nous l’enlever. L’homme est libre et sa conscience est libre. C’est donc, une protestation pour cette liberté est, en même temps, une protestation contre toute forme d’emprise totalitaire et violente.

L’homme est libre et sa conscience est libre

Le mot est lâché : la liberté de conscience. La conscience en français est dérivée du latin : cum-scientia qui renvoie à la notion d’une connaissance ou d’un savoir commun. J’y reviendrai un peu plus tard. Le mot flamand et néerlandais pour « conscience » connait une autre étymologie : « Geweten » vient du mot gothique « Giwizo » ce qui signifie « témoin » !

La conscience est donc le témoin silencieux de ce qu’un homme fait ou a fait dans sa vie. La conscience/geweten/giwizo retient,  en quelque sorte ce qu’elle a entendu ou vu,  tout en étant capable de le remettre en mémoire en  temps voulu. Mais attention, elle est plus que la mémoire, car elle juge selon un critère qui mesure le bien et le mal. Ce témoin silencieux, ce « Giwizo personnel » peut donc se manifester quand il le veut pour libérer ou pour accuser ce qu’il a entendu ou vu, pour mettre à charge ou à décharge.

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Mais sur quoi notre conscience s’élabore-t-elle ? A partit de quoi exerçons nous notre libre-arbitre pour distinguer le bien et le mal. Eh bien, elle est souvent le fruit d’une tradition familiale, d’un religion, des mœurs d’une époque, des valeurs de la société, etc… de tout ce qui fournit, à ce témoin enregistreur, la capacité de dénoncer ou celle de soutenir telle ou telle action, telle ou telle pensée. Autrement dit, la source de notre conscience ne se situe pas en nous-même ; elle est liée à quelque chose qui n’est pas moi et qui n’est pas mon propre ego

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Pour l’apôtre Paul, ce qui  forme la conscience c’est la parole de Dieu elle-même. Les réformateurs diront plus tard que la conscience est captive de la parole libératrice du Seigneur. La conscience est captive de l’Evangile. Elle n’est jamais un but en soi. Elle est liée aux autres, elle est liée au Christ lui-même. Donc, à la fois profondément libre,  – car le Christ est libre – et profondément lié aux autres. Elle est cum-scientia, co-scientia, elle est un savoir, une connaissance, une sagesse partagée.

Christ est libre

Dans l’Epitre aux Corinthiens,  on en trouve un bon exemple. La question est de savoir si le chrétien a le droit de consommer la viande sacrifiée aux idoles. Donc il s’agit de la viande impure, non-kasher. que la tradition juive interdit de consommer. Il est donc tout à fait compréhensible que la conscience des chrétiens issus du judaïsme,  résiste et accuse, puisque celle-ci est formée par les prescriptions de la thora dont on ne peut pas se défaire comme bon nous semble. Il est compréhensible aussi que pour les chrétiens issus des non-juifs, la question ne se pose pas de la même manière. Leur conscience  connait  une autre configuration et se base sur l’enseignement des apôtres.

Bien que  leur conscience se greffe sur la conviction que le Christ a aboli la distinction entre pur et impur (Actes 10), Paul met en garde ceux qui n’ont pas de problème  avec la consommation de la viande sacrifiée aux idoles, Il les met en garde pour ne pas mettre à l’épreuve, pour ne pas blesser ou causer la chute des  «  faibles » dont la conscience interdit la consommation de la viande sacrifiée.

La conscience des forts est donc liée aux consciences des faibles dans le but de ne pas les perdre. Au contraire, si tu acceptes que ta conscience soit liée à celle de l’autre, tu acceptes surtout que toutes les consciences, celles des forts et celles des faible soient liées au Christ qui ne veut pas qu’un de ses petits tombe. Car toutes les consciences sont habitées par un même « sens de Dieu ».

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Aujourd’hui nous vivons dans une société occidentale qui a inscrit la liberté de religion et la liberté de conscience dans sa constitution. Non loin d’ici, dans le pays des Flandres, il y a 450 ans à Steenvoorde nos « gueux » se sont battus pour cela. La liberté de conscience est peut-être devenue un acquis aujourd’hui, mais force est de constater que cette même liberté de conscience est attaquée et menacée aujourd’hui.

Je veux juste évoquer quelques éléments  pour enrichir notre réflexion. La menace vient peut-être d’abord de l’intérieur de notre culture occidentale. La promotion de l’individu autonome, qui est sa propre norme, a réduit la notion de la conscience à une question purement individuelle coupée des autres. Ainsi la « cum-scienita «  a abandonné le « cum ». La conscience est devenue une citadelle imprenable, un esprit pur, un Ego spécial inaccessible pour les autres. La conséquence est que la fraternité en souffre et que le savoir-commun ne peut plus renforcer le vivre ensemble.

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Le monde a changé. L’individu roi tend à arraisonner – voire terroriser- le collectif pour son bénéfice particulier. L’autonomie en arrive au point où elle nous revient souvent en boomerang sous forme de l’indépendance absolue. Les institutions sont fragilisées et l’espace commun n’est plus seulement traversé de différends, mais  il est aussi mis en cause. Car à quoi bon élaborer un vivre ensemble, une fraternité humaine si l’horizon de l’existence est purement individuel, sans promesse

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Le deuxième danger  vient plutôt de l’extérieur mais peut aussi venir de l’intérieur. L’histoire nous a appris qu’il y aura toujours la menace d’un régime autoritaire et totalitaire  qui ne supportera  pas cet  espace libre pour la conscience, et qui est incapable d’ imaginer la cohabitation paisible entre les cultures et les peuples.

Toute forme de  totalitarisme – politique ou économique-  veut toujours occuper toute la place, capter les consciences et les soumettre à la règle de la violence. « Absolutiser un discours afin de capturer les consciences– et là je cite le Rabin Raphaël Guedj de Genève, associé du pasteur Albert de Pury – sacraliser une terre, revendiquer l’exclusivité du salut, se prétendre d’essence supérieur, se considérer l’héritier légitime du patrimoine des autres, prendre au pied de la lettre des textes prônant la guerre sainte, ou encore « messianiser » les entreprises humaines, sont autant de sources potentielles de violence »

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Je reprends la début de ce prêche des haies : « Nous avons  voulu résolument placer ce prêche des haies sous le signe de la protestation pour la liberté de religion et de conscience. Une protestation pour la liberté du for intérieur de chaque personne qu’aucun système politique, aucune idéologie n’a le droit de nous  l’enlever. L’homme est libre et sa conscience est libre. C’est donc une protestation pour cette liberté est,  en même temps,  une protestation contre toute forme d’emprise totalitaire et violente. »

Libre, comme toi et moi

Un homme ou une femme libre, comme toi et moi, sont sera  toujours  appelé au nom de l’Evangile à se rappeler sans cesse cette protestation initiée dans les Flandres par les gens de Hondschoote. Appelé à en être témoin avec un « giwizo » et inspiré par un savoir commun, une connaissance, par une cum-scienta » qui sait qu’en dernière instance,  nous vivons devant la face du Seigneur qui nous accorde tous sa paix et sa grâce.

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Et là je pourrais dire « Amen », mais je me retiens encore. Car, c’est bien beau tout ça – peut-être- mais,  serons-nous capable d’être ainsi témoin ? Serais-je, moi, capable d’en témoigner au nom de l’Evangile ? Moi, dans ma famille, sur le lieu de mon travail, parmi mes amis ?

Eh bien mes amis, Oui ! Comme le disent les Evangile, le témoignage intérieur de l’Esprit-Saint nous est donné. Ce témoignage qui rend vivant  Jésus Christ nous portera dans nos combats de conscience. En dernière instance,  c’est Lui notre conscience, notre « Geweten », notre témoin intérieur, devant ce Dieu créateur et libérateur.

Amen

Prêche des haies

14 août 2016

Hondschote

A l’occasion des 450 ans du début de la révolte des gueux à Steenvoorde, le 10 août 1566

 

 

 

 

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