Protester pour Dieu, protester pour l'Homme

Que règne le pouvoir du droit et non pas le droit du pouvoir

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Nombres 21, 4-9 //Jean 3, 14-21//Col 2, 20 – 3,4

Quels sont les gestes qui font sens ? Quels sont les gestes qui mettent debout et qui mettent de la verticalité dans les horizontalités de nos affaires. Le geste de Moïse, le geste de Luther sont devenus légendaires. Quel geste sera le nôtre aujourd’hui ?

1. Le geste de Moïse

Depuis sa création, notre Eglise protestante unie s’est résolument orientée vers l’année 2017 tout en s’inspirant du geste légendaire de Luther qui, avec l’affichage des ses fameuses 95 thèses, a voulu redresser le débat académique, redresser son Eglise où grouillaient les querelles pour la tirer vers la hauteur de l’Evangile, de la Parole libre du Christ.

Ce geste de Luther évoque un autre geste : le geste de Moïse redressant le regard de son peuple! Oui, Moïse redresse le regard de son peuple trop saisi par la nostalgie et par l’horizontalité de tout ce qui rampe et qui, au final, n’oriente plus pour avancer. En mettant le serpent de bronze sur une perche, Moïse introduit de la verticalité, de la hauteur dans la marche de son peuple.

Dans ce geste se dessine déjà l’esquisse de la Croix, comme une réserve de sens. L’Eva ngile selon Jean l’a captée et il nous l’a transmise. « Et comme Moïse éleva le serpent dans le désert, il faut de même, que le Fils de l’homme soit élevé » Mais parlons d’abord du geste de Moïse. Et parlons du serpent pour mieux comprendre le sens de son geste.

2. Nechasj

Il y a beaucoup de résonances bibliques qui évoquent le serpent. Le serpent du livre des Nombres – Nechasj en hébreu – nous renvoie au livre de la Genèse – bien sûr – et vers ce passage fameux du chapitre 3 dans lequel Dieu parle au serpent – et on retrouve le même mot « Nechasj » – lui annonçant que sa tête sera écrasée par la descendance de la femme, par l’humain.

Mais pour encore mieux mesurer la signification de ce jeu de renvois entre les textes bibliques – Scriptura Sui Ipsius Interpres, l’Ecriture est sa propre interprète – il faut aussi prendre en compte dans le livre d’Exode, l’histoire du bâton d’Aaron changé en serpent (Nechasj là aussi) et celle de son bâton fleurissant dans le livre des nombres.

Bref, dans le livre de la Genèse, celui de l’Exode et celui des Nombres, le serpent se promène et change chaque fois de peau. Mais il est toujours le même. Le mal n’est jamais créatif. Il ne peut que copier, produire du même. L’histoire d’Aaron devant le Pharaon d’Egypte en est un bon exemple.

3. Thora versus Pharaon

Je rappelle rapidement le contexte de l’histoire, que certainement vous connaissez déjà. Quand le Pharaon refusait d’écouter Moïse et Aaron pour laisser partir leur peuple, Aaron – sur la Parole de Dieu – jetait son bâton devant lui et devant les gens de sa cour. Et son bâton a été changé en serpent. Mais dans le but de surenchérir et pour manifester le pouvoir pharaonique, les sages et les sorciers du Pharaon réussissent à faire la même chose avec succès ! Leurs bâtons, eux-aussi, ont été changés en serpents. Mais !…dit le texte d’une manière très sèche : le bâton d’Aaron engloutit leurs bâtons.

Le message est clair et net : La thora enseignée par la tribu des lévites, Le Seigneur-Dieu règne et devant lui, le Pharaon, ce Ra-mses avec sa tête de serpent et avec son sceptre avec l’emblème du serpent, ce fils du Soleil, ce garant de l’ordre pyramidal immuable, ce gardien du mystère de la vie, est réduit à rien ! Englouti. Futilité, dirait la sagesse de l’Ecclésiaste.

Le serpent dans le milieu biblique symbole de cette domination immuable, cet ordre de l’univers replié sui lui-même, satisfait de lui-même, stable comme une pyramide, mais toujours en train de tourner en rond ,de circuler toujours autour de lui-même -comme un serpent- en huit clos, sans ouverture, sans parcours, dans direction, sans sens.

« Et le bâton d’Aaron -changé en serpent- engloutit leurs bâtons ». L’ordre mondial représenté par le serpent est selon la Thora rien d’autre qu’un chaos désertique. C’est la nuit du temps en absence de création. Un pouvoir muet. Regarde ! Sur une perche dans le désert, on voit enfin sa vraie nature : impuissante, désertée ! Le serpent, figure de la sagesse orientale, figure du pouvoir pharaonique est démasqué, dévoilé.

La conviction qui en sort est forte : Résistons pour que règne non pas le droit du pouvoir mais le pouvoir du droit! Voilà une thèse, livrée par le geste de Moïse!

4. Triangle du serpent

Il y a encore un détail important à mentionner. Dans le livre des Nombres on parle d’un serpent de bronze. L’hébreu se sert d’un jeu de mots : Nechasj Nechoshet » Par ce jeu de mot le serpent est intimement lié à la notion de bronze. Et effectivement la région de la mer des Joncs, la mer rouge, avait à l’époque des mines de cuivre, métal à la base de l’alliage d’airain, de bronze et qu’on utilisait à l’époque pour fabriquer des armes, des objets de culte et des pièces d’argent.

Ainsi le bronze, le serpent de bronze réunit en lui, une alliance entre la violence, la religion et l’économie. Ces trois forces serpentines d’ailleurs qui se sont unies aussi pour condamner Jésus sur la croix et qui font toujours bonne affaire dans le monde d’aujourd’hui.

Oui, le « Nechasj » est chez lui dans ce triangle infernal. C’est là où il peut exercer son pouvoir, dévoiler son identité, mordre et empoissonner la vie au lieu de la sauver. Il adore empoissonner avec ces petites morsures, qui mettent le feu, qui divisent, qui détournent, qui désorientent…Ces petites phrases qui tuent, nous les connaissons bien…

5. Elever

Quand l’Evangile de Jean reprend l’image du serpent élevé sur une perche pour parler de l’élévation du Christ sur une croix, il rejoint une parole de l’apôtre Paul : Mort où est ton aiguillon ? Regarde, élève ton cœur en position verticale : la mort n’a plus aucun pouvoir pour t’enlever la perspective de l’espérance, d’une terre promise, d’une vie nouvelle.

Ce n’est pas la figure du serpent, grouillant dans l’horizontalité mais la verticalité de la croix du Christ qui contient désormais le mystère de la vie

Résolument, que le geste de Moïse, le geste Luther nous inspire à faire d’autre gestes qui parlent et qui élèvent le cœur, qui mettent debout, qui cherchent des choses d’en haut et qui témoignent ainsi de la hauteur de l’Evangile.

Amen

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