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Quels sont les fléaux sociaux ?

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Matthieu 25

Je commence par lire une partie de la Déclaration de foi de l’Eglise réformée de 1938, que nous entendons à l’ouverture de nos synodes et de nos assemblées générales : « Sous l’action du Saint-Esprit, elle (l’Église) montre sa foi par ses œuvres ; elle travaille dans la prière au réveil des âmes, à la manifestation de l’unité du Corps du Christ et à la paix entre les hommes. Par l’évangélisation, par l’œuvre missionnaire, par la lutte contre les fléaux sociaux, elle prépare les chemins du Seigneur jusqu’à ce que viennent, par le triomphe de son Chef, le Royaume de Dieu et sa justice. »

 

Ainsi, cette lutte contre les fléaux sociaux est celle de toute l’Église. Elle n’appartient pas à tel ou tel groupe, de même que la mission n’est pas non plus l’apanage de quelques uns qui posséderaient une fibre mondialiste. Non, cette « tâche » est celle de toute l’Église. Les historiens repèrent assez aisément que les Protestants ont été à la pointe de ce combat. Je ne prends qu’un exemple : la lutte contre l’alcoolisme, dont cette partie nord de la France a été terre de combat. La Croix bleue qui se réunit dans les locaux de la Gerbe est la conséquence de cet engagement du chrétien contre les fléaux sociaux. La conviction qui anime les fondateurs est que pour lutter efficacement aux côtés des personnes atteintes par un fléau, il faut être à son contact. Et même si au fil des années, sécularisation oblige, le lien avec les Eglises se fait moins évident, nous ne pouvons que nous réjouir et rendre grâce de ce que l’Église soit une institution dont l’intuition première est qu’elle est fondée par l’Évangile. Même lorsque l’Église a pactisé avec le pouvoir, même lorsqu’elle s’est fourvoyée en croyant que l’on pouvait imposer l’Évangile, il y a eu en son sein des hommes et des femmes qui ont rappelé au meilleur moment que l’Évangile avait priorité.

 

Lorsque les tables des évêques regorgeaient de victuailles, du sein même de l’Église un Pierre Valdo (Valdes) a surgi, se rappelant que le souci des pauvres est comme un socle sur lequel s’arrime l’Évangile. Au moment où l’Église, assurait son pouvoir en prêchant la stricte observances des rites religieux et l’assurance qu’en faisant ainsi on gagnait son salut, Luther a surgi, extirpant de la Bible ce fait que nous sommes sauvés par grâce, par l’amour de Dieu et non parce qu’agissant comme il le faudrait, Dieu nous ouvrirait les portes de son Royaume. Ce passage de l’évangile de Matthieu pourrait servir dans la liturgie pour la confession du péché et la volonté de Dieu. Mais on est sans doute surpris de ce que semble suggérer ce texte, à savoir que ceux qui n’ont pas agi comme il le faudrait, se verraient condamnés.

 

Quels sont les fléaux sociaux à combattre ?

Je dirais volontiers que nous répondons à cette question différemment selon l’horizon que nous regardons. Si nous privilégions là où nous résidons, les grands fléaux sociaux pour lesquels les générations qui nous ont précédé se sont engagées n’ont pas disparu. L’alcoolisme dans cette partie Nord de la France est toujours présent, l’éducation et l’illettrisme tiennent une place importante. Sans que cela soit obligatoire (l’alcoolisme touche toutes les tranches sociales), cela est en lien avec la pauvreté économique. Mais si vous avez autour de vous une personne préoccupée par une question (la place des femmes, le droit des enfants…), vous l’entendrez forcément dire que ce qui devrait avoir la priorité parmi tous les fléaux sociaux, c’est ce qui la préoccupe. Il y a là forcément quelque chose de difficile à contredire et dans le même temps d’indécent à devoir donner des priorités à l’un ou à l’autre de ces fléaux. En regardant la misère, nous ne pouvons que dire que tout devrait recueillir notre compassion. Pas plus l’homme qui perd son travail que l’enfant livré à lui-même.

 

Si nous rétrécissons l’échelle, si nous quittons Douai et le bassin minier et regardons la France et l’Europe, certainement ce qui saute aux yeux est la pauvreté qui grandit. Pas pour tous bien évidemment, mais pour celles et ceux qui sont en bas de l’échelle sociale, celles et ceux qui doivent lutter chaque jour pour maintenir leur toit, l’accès à l’hygiène et à la nourriture… Les Églises chrétiennes, avec d’autres, ont toujours répondu à cet appel qui vient de la Bible. L’Armée du Salut, la Mission populaire évangélique, les diaconats locaux manifestent ce choix de l’Évangile que d’avoir souci des plus petits.

 

Avec le développement des moyens de communication, notre horizon s’agrandit encore. Pour beaucoup de citoyens qui vivent le chaos des guerres et la pauvreté, notre Europe est regardée comme une terre où tout semble meilleur. Sans exagérer ce flux migratoire, nous savons quels déracinements cela entraîne et nous ne pouvons fermer les yeux. C’est l’honneur de l’Église là encore que des chrétiens se soient engagés auprès des migrants et la Cimade est le partenaire incontournable pour tous ceux qui voient en un étranger sur notre sol un être humain et non un fauteur potentiel de troubles.

 

Je n’arrive pas à trouver de nouveaux fléaux sociaux dus à notre modernité. Simplement dire qu’avec le développement de la publicité et la course à la consommation, assortie des slogans « consommer plus avec la fée croissance », notre engagement passe aux yeux de beaucoup pour une attitude passéiste. Le seul fléau social qui apparaît nouveau est la défense de l’environnement. Nous continuons à ne rien faire comme il le faudrait pour respecter la Création.

 

Et maintenant j’en reviens à ce texte de Matthieu où Jésus, dans sa parabole du jugement dernier semble dire que celui qui n’a pas agi comme Dieu l’entendait se trouverait placé dans la peine éternelle. D’abord, se rappeler que ce texte se trouve vers la fin de l’évangile. Et que Jésus essaie de provoquer un réveil auprès de ses interlocuteurs. Ce sont les religieux qui ont le nom de Dieu à la bouche, qui pratiquent le code de pureté, qui se rendent aux synagogues et psalmodient de tout leur cœur. Ceux qui respectent le plus grand commandement, aimer Dieu de tout son cœur mais pas de leur intelligence sinon ils auraient adjoint d’eux-mêmes le second commandement « aimer son prochain » que Jésus met dans la lumière.

 

Dans le texte de l’évangile de Matthieu 11.25-30 que de nombreuses Églises ont lu et commenté ce matin, Jésus déclare : « Venez à moi, vous tous qui êtes fatigués et chargés et je vous donnerai du repos. Prenez mon joug sur vous et retenez mes instructions, car je suis doux et humble de cœur et vous trouverez du repos pour vos âmes. Car mon joug est aisé et mon fardeau léger. »

 

S’il y a une nouveauté, je dirais que dans nos Eglises, réside un pessimisme qui n’a pas de mise. Nous ne nous distinguons pas du reste de nos contemporains et ne croyons pas ces paroles de Jésus qui nous dit, qu’en sa présence, rien d’impossible ni même de difficile nous est proposé. Nous sommes résignés, à ce que nous ne soyons que quelques uns à nous réunir autour des textes bibliques en semaine, résignés à ce que les temps de halte-prière ne grossissent pas, résignés à ce que nos assemblées du dimanche matin ne soient pas plus nombreuses, sauf exception. Et je pense que le fléau moderne, c’est celui de nous dicter notre ligne de conduite par le « c’est comme ça »… Un des plus gros défis que nous ayons à relever, c’est celui que nous pose notre propre savoir, car c’est sur lui que nous asseyons notre sagesse. Il constitue comme une force d’inertie qui nous empêche d’avancer parce qu’il fait de nous des êtres blasés face à l’avenir. Notre savoir s’appuie sur tant d’expériences que nous avons l’impression du « déjà vu » qui nous prive de toute audace et qui neutralise notre faculté d’espérer. Ce savoir qui s’appuie sur l’expérience des autres neutralise notre propre intelligence et notre propre sagesse. Il pèse sur nous d’un poids comparable à celui du joug que l’on posait sur la nuque des bœufs à l’époque de la traction animale. Si le joug permettait aux bœufs de tirer des charrettes de gros poids, il les obligeait à baisser la tête et les empêchait de voir devant eux. Leur vision de la route en était ainsi obstruée. Le poids de notre savoir nous met dans ces conditions semblables à celles des bœufs au travail, il nous empêche de voir au-delà de nous-mêmes les possibilités que Dieu dessine à l’horizon de notre route. Et pourtant Dieu nous offre cet horizon, cette nouveauté de chaque jour qui fait que nous pouvons voir notre présent à la lumière de notre futur qui se trouve dans les mains de Dieu.

 

Amen !

Infos pratiques

Pasteur François Dietz

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