Protester pour Dieu, protester pour l'Homme

Si je traverse la vallée de l’ombre et de la mort

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Psaume 23 // Apocalypse 21.1-4 ; 22-26 // Matthieu 5.1-10

Nous avons les uns et les autres, comme tous nos compatriotes été frappés par les évènements de la semaine dernière ! L’accablement et/ou la rage, l’effroi et le désarroi. Nous sentons bien qu’une fois de plus c’est un mode de vie auquel nous participons qui est mis en cause. Une société qui s’est construit avec un désir de liberté. Mais cette liberté vécue si souvent sans y prendre garde, comme un naturel qui nous est du, vient nous rappeler à quel point elle est fragile !

 

Nous ne sommes pas forcément d’accord avec tout ce que signifie ce monde libre qui se bâtît peu à peu ! La course effrénée à la consommation, le pouvoir manipulateur de l’image partout présente, le culte de la performance et la gloire du vainqueur ne sont en tout cas pas ma tasse de thé ! Nous avions bien compris en début d’année que c’est chacun de nous qui était touché et non des cibles très symboliques parce que étiquetées journalistes, juifs ou représentants de l’ordre public. Il en est ainsi et de même quand on s’en prend au tout un chacun dans son temps de fête, de partage simple et débonnaire avec les autres : chacun de nous se trouve atteint. Mais nous avions presque oublié, ou en tout cas fait comme si.

 

Il nous faut mesurer que ce vent de l’ombre et de la mort, d’autres y sont confrontés jour après jour, dans des pays et sociétés mis à feu et à sang, devenues invivables… Ce qui est venu frapper nous rappelle que ce n’est pas que chez les autres, et que ce dont nous vivions dans l’insouciance, avec égoïsme parfois, a une saveur plus forte que ce que nous ne le pensions.

Nous voilà atteints, et maintenant nous prenons la mesure que cette menace peut durer, que nous n’en sommes pas exemptés !

Le psalmiste nous conduit tout du long du Psaume 23 dans un chant étrange de la quiétude et de la sérénité des plus étranges… qui peut nous interroger. « Je ne manquerai de rien » et au fil du chant qui s’égrenne, tout va bien pour lui ! En tout cas il semble. Ce chant de caravanier ou de pèlerin nous dit pourtant en creux tout ce qu’il faut affronter : le manque, l’aridité, les adversaires, et ici la traversée de l’ombre et de la mort !

 

Les premières choses ont disparu (Apocalypse 21)

En écho au chant psalmiste l’auteur du rêve de la Révélation de Jésus-Christ nous affirme que les premières choses ont disparu, que la mort, le deuil, les larmes, l’effroi ne sont plus. Et pour lui à la fin de son rêve, c’est une proclamation : les premières choses ne sont plus ! Or, à sa manière, tout le livre de la Révélation nous dit le combat, les peurs, les souffrances, la violence ! Et c’est pour proclamer que les premières choses ont disparu. Pour ceux qui croient que le livre de l’apocalypse nous parle des temps derniers, lointains, il y a une vague esquisse d’un avenir qui n’est pas encore. Je suis de ceux qui tiennent qu’il ne s’agit pas de demain, mais que la proclamation est déjà notre contemporaine, et ce depuis le petit matin de Pâques.

La descente de la Jérusalem Nouvelle a déjà eu lieu (nous le chanterons à Noël, puis à Pâques), car l’Emmanuel (Dieu avec nous, Dieu avec les hommes) est venu faire résidence avec nous. Et c’est au cœur de la tourmente qu’il vient projeter son rêve pour proclamer que la mort n’est plus…

Comment recevoir une telle proclamation ? Comment entrer dans cette vision radicalement inverse à ce sentiment qui nous touche, nous plombe ? C’est précisément là que le centre de notre affirmation de foi vient à la rencontre de nos vies qui traversent la vallée de l’ombre et de la mort. Nous sentons-nous à même de proclamer autrement que du bout des lèvres que Christ a vaincu la mort ? J’en doute un peu, même si nous le voulons, c’est presque au delà de nos forces et de ce que nous pouvons engager… de nous même…

 

Et pourtant, au début de son ministère, début de sa parole publique, Jésus s’élève sur une montagne, et y entraine un auditoire. Il leur dit :

Heureux ceux qui sont doux, car ils hériteront la terre !

Heureux ceux qui sont miséricordieux, car ils obtiendront miséricorde!                 (Matthieu 5)

Heureux, ou Debout, ou En route, les doux.

Les doux ? Oui, ceux qui se font toujours marcher sur les pieds, ceux qu’on écarte, ceux que les violents et les brutes assaillent toujours : « ôte-toi de là que je m’y mette »… les doux ! Toujours écartés de la possibilité de vivre en paix, toujours arrachés de l’endroit où ils voudraient vivre dans la quiétude…

Il leur est promis qu’ils hériteront la terre, qu’ils pourront l’habiter : ils ont une raison de vivre, non parce qu’ils sont victimes, mais parce qu’il n’y a de vraie vie sur cette terre que quand on se met dans le sillage de ce regard posé sur la vie. Regard qui nous laisse incrédule car non réaliste, regard insupportable pour ceux qui ne connaissent que la violence comme raison d’être et de vivre.

Contre toutes nos lucidités les plus raisonnables, les doux hériteront la terre, ils y seront les témoins de la vie. Qu’ils ne restent donc pas prostrés comme des victimes, qu’ils ne se terrent pas comme si leur exclusion était actée, qu’ils vivent en prenant le risque de la douceur. Sans les doux, il n’y a pas de vie sur cette terre.

 

Quand aux miséricordieux, ce sont ceux qui aident la vie à surgir, ceux qui la rendent possible. Ceux qui osent construire un monde neuf qui sort de sa matrice. On nous dit souvent que les Protestants ce sont ceux qui résistent, voire qui s’opposent. On ne sait même plus contre quoi ou contre qui…et chez nous on est tellement content d’être « réboussié »… Mais sur la Montagne, au milieu de ceux qui commencent à le suivre et à l’écouter, Jésus parle du monde neuf à faire naître ! Et croyons nous qu’il était moins violent le temps de Jésus ? Et croyons-nous qu’aujourd’hui l’horreur serait différente que celles de ce monde d’alors ? Je crois vraiment que le propos de Jésus est comme une folie insensée, mais j’aime à y replonger… car il m’enseigne et aucun autre maître ne me dit de telles choses, insensées, mais qui ouvrent au sens de la vie, qui m’invite à tourner mon regard vers ce qui est essentiel !

 

Continuons notre parcours de ce matin par un retour à la proclamation de fin du rêve de Jean de Patmos, la vison de la Jérusalem Nouvelle !

Ses portes ne se fermeront jamais pendant le jour — or là il n’y aura pas de nuit.  (Ap. 21)

« Nuit, nuit, tu me fais peur, Nuit tu n’en finis pas.. » chantait la jeune fille dans un vieux film à propos de son père alcoolique qui fuyait et qui lui volait sa vie.

Dans leur ubris, dans leur ivresse, les faiseurs de mort, les faiseurs de peur, viennent nous voler notre vie… la rendre invivable.

Ils sont la réalité concrète de la vallée de l’ombre et de la mort. Ce qu’on appelle la nuit. là où on se terre, là où se nichent nos peurs, nos angoisses, nos longues attentes sans souffle qui espèrent la vie mais ne savent si elles pourra advenir, ni si le jour viendra.

Et là dans la Jérusalem Nouvelle, on nous dit que les portes de la citadelle ne se fermeront pas le jour, ni jamais puisqu’il n’y a pas de nuit, puisqu’il n’y a pas de peur, puisqu’il n’y a plus le risque de ces voleurs.

Monde idéal ? Monde imaginaire ? Rêve pour fuir le réel ?

En partie sans doute, et le rêve de Jean de Patmos, dans son chaos relève un peu de cela : mettre en images une réalité violente insupportable… mais là dans cette proclamation de la Jérusalem Nouvelle il arrive au terme de son combat intérieur contre la peur.

Il proclame que le Ressuscité du petit matin de Pâques ouvre un horizon qui est pour nous aujourd’hui.

Mais qui veut le croire ? Ils avaient du mal au 1er siècle ; nous avons le même mal de croire ainsi au fond de nous, au 21è.

Mais mes bien aimés, c’est pour cela que nous sommes invités à relire et revenir sans cesse aux Ecritures.

Pas tant pour y chercher je ne sais quelle morale à imposer au monde, qui pour y trouver le cheminement qui nous fait se confronter notre réel violent, et tout ce qu’il provoque en nous avec ce que signifie l’enseignement de Jésus le Maître, l’Emmanuel, Dieu qui fait résidence avec nous, témoin de la victoire déjà acquise de ce qui fait vivre sur ce qui fait mourir.

Pas sur que comme citoyen  de mon pays, je puisse fonder mon propos sur celui-là, dans ce monde des réalités premières, qui sont bien là qui viennent fracasser ma porte. Pas sur que ce soit la lettre que je puisse avec conscience et raison envoyer à mon Président ou son premier ministre… Pour justifiées que puissent être les décisions prises en matière de sécurité, de défense, pour justifier que soient les appels à la cohésion nationale, rien de ces mesures humaines ne me tournera vers ce qui me vient du Dieu présent dans ma vie.

 

Ainsi, malgré tout ce qui me fais vaciller, je relis le Psaume 23

(Si je traverse la vallée de l’ombre et de la mort)                     

Je n’aurai pas peur du mal car tu es avec moi (Psaume 23)

et je me dis que quand le Mal, la puissance de l’ombre et de la mort, la puissance du néant qui vient nous déshumaniser vient au cœur de nos vies, je suis invité à la confiance en la victoire de l’amour, de la vie, et en être témoin.

C’est ce dont nous pouvons être les témoins, les uns pour les autres, et pour nos concitoyens.

Je ne serais pas anéanti par le règne de la peur, car tu es là !

 

Amen !

au Grand Temple de Nîmes, dimanche 22 novembre 2016

 

 

Mon SEIGNEUR me conduit et me garde ; je ne manquerai de rien

Dans des contrées d’herbage il me fait m’étendre

Sur l’eau de la tranquillité il me fait me rendre Il me fait revivre

Il me conduit sur les sentiers de la justice pour l’honneur de son nom

Si je traverse la vallée de l’ombre et de la mort

je n’aurai pas peur du mal car tu es avec moi

Ton bâton et ton support seront mon réconfort

Tu prépares pour moi     la table en face de ceux qui m’agressent

Tu tremperas ma tête de parfums et ma coupe est plénitude

Il n’y a que le bonheur et  la bonté pour m’accompagner tous les jours de ma vie

Et je demeurerai dans la maison de Mon SEIGNEUR à longueur de jours

Adaptation à partir des versions « Gloires » d’Henri Meschonnic

et version œcuménique du psautier liturgique

 

 

 

 

 

Infos pratiques

Pasteur Jean-Christophe Muller

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