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Tel fut le commencement des signes de Jésus

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Osée 2.16-25 ; Jean 2.1-12

« Tel fut le commencement des signes de Jésus, ce qu’il fit à Cana de Galilée. Il manifesta sa gloire, et ses disciples mirent leur foi en lui. »

Franchement, sérieux, une manifestation de la gloire de Jésus ? De l’eau changée en vin ! Qu’est-ce que c’est que cette vaste blague ! Quelle plaisanterie ? Au moins les autres évangélistes sont plus sérieux que Jean. Ils ne se risquent pas à rapporter cette histoire loufoque ! Le premier des signes de Jésus. Mais de quoi donc est-ce le signe, et même le premier ?

On sait qu’il faut s’entourer de quelques précautions pour lire l’évangile de Jean. Certains mots sont très importants et traversent tout ce livre. Il faut donc pouvoir prendre du recul pour repérer, à travers l’évangile, le chemin de tel ou tel mot. Et bien sûr, il faut passer outre notre première réaction épidermique devant un texte un peu – beaucoup – hermétique. Alors essayons, à la manière du petit poucet, de trouver les petits cailloux blancs que Jean a semé pour nous, pauvres lecteurs !

Premier petit caillou

« Le troisième jour, il y eut des noces à Cana… ». Dès le début de l’histoire, warning ! Les nombres dans l’évangile de Jean ! Aucun nombre n’est là par hasard. Personnellement, si Jean écrit le troisième, le réflexe doit être de chercher où sont les jours précédents. Vous savez, par cœur (je le répète tellement souvent) que l’évangile de Jean commence par : « Au commencement », bien sûr ! : Au commencement était la Parole… Survint un homme, envoyé de Dieu, du nom de Jean… C’est le premier jour. Le lendemain (deuxième jour), il voit Jésus venir à lui et dit : voici l’agneau de Dieu qui ôte le péché du monde… Le lendemain Jean est de nouveau là (troisième jour), et redit : voici l’agneau de Dieu. Ses deux disciples suivent Jésus. Le lendemain, encore, Jésus va en Galilée et appelle Philippe qui appelle Nathanaël. Ici, nous sommes donc au quatrième jour depuis le commencement. Et donc, le troisième jour après le quatrième c’est donc le septième. Pour le lecteur assidu de la Bible, le troisième jour est celui de la résurrection, mais le septième jour de la semaine, c’est la veille du premier, celui de la mort. Rien de fortuit dans cette manière de compter. « Le premier jour de la semaine, Marie-Madeleine vint au tombeau. » Dire ici le troisième jour, nous signale que ce récit haut en couleurs est lié intimement à la résurrection de Jésus. Que ce troisième soit en plus le septième depuis le commencement, indique que l’on est encore dans la mort et que la résurrection sera effective… demain ! Ça va, vous suivez ? Un peu de mathématiques de bon matin, ça réveille !

 

Revenons à nos convives de la Noce et aux petits cailloux blancs.

Deuxième caillou

La mère de Jésus est là. Le petit Poucet voit tout de suite le deuxième caillou. La mère de Jésus. Jean n’a pas raconté la naissance. Il ne donne pas le nom de Marie. Dans tout son évangile, pas une seule fois elle n’est appelée Marie. Mais il faut dire qu’elle n’apparaît que deux fois : ici, à cette noce à Cana, et au pied de la croix. Vous connaissez cette phrase de Jésus, alors qu’il voit sa mère et près d’elle le disciple qu’il aimait, il dit : femme, voici ton fils. Puis il dit au disciple : voici ta mère. Le deuxième caillou nous conduit de nouveau à la croix et nous donne un indice supplémentaire : l’amour permet de rester au pied de la croix.

Mais revenons à la noce. Sa mère n’hésite pas à pousser un peu Jésus : « Ils n’ont pas de vin. Réponse de Jésus : Qu’y a-t-il entre toi et moi, femme. Mon heure n’est pas encore venue… On a beaucoup dit que cette phrase était désagréable, que Jésus parlait mal à sa mère, qu’il mettait une grande distance. Et malgré tout, elle dit aux serviteurs : faites tout ce qu’il vous dira !

Et si derrière cette phrase un peu abrupte, Jésus voulait dire : quelle relation avons-nous, pour que tu aies compris, que tu saches déjà de quoi je suis capable, que tu saches déjà quelle joie je peux donner au monde ? Certe, tu es ma mère, mais comment as-tu deviné que j’étais venu dans le monde pour l’abreuver de toute joie ?

Marie avait enfanté Jésus. Aux noces de Cana, elle enfante le Christ.

Et quand Jésus dit que son heure n’est pas encore venue, le caillou blanc est ici manifeste : il dit autrement que certes, la résurrection est pour demain, mais qu’il faut d’abord qu’il passe par la mort, et nul, même pas lui, n’aborde cette épreuve sans trembler. Le septième jour est aussi le troisième : Jésus doit affronter la mort pour donner la joie au monde, et cette épreuve lui fait peur.

Troisième caillou

Troisième caillou blanc : la noce ! Le mariage est le symbole, dans tout l’Ancien – premier Testament de la relation entre Dieu et son peuple. Cette image forte est utilisée par les prophètes (Osée se mariant avec une prostituée pour montrer au Peuple d’Israël son péché de prostitution aux dieux païens). Ainsi a-t-on pu lire ce magnifique texte du Cantique des cantiques comme le chant d’amour de Dieu pour son peuple. D’autres indices vont dans ce sens-là, dans le texte : les six jarres de pierre destinées, dit Jean, aux purifications des Juifs. Six étant le chiffre de ce qui est imparfait, Jean veut dire par là que Jésus vient accomplir, rendre parfait ce qui était jusque-là imparfait. Il vient pour transformer, changer, faire du neuf à partir de l’ancien.

Or voilà qu’à cette noce, le vin manque… manque fondamental, essentiel. L’hôte n’a pas assez de vin. Il n’a pas fait son travail. Au plan symbolique, c’est l’incapacité de l’homme de faire sa part dans la relation avec Dieu, qui est ainsi souligné. Quoi que nous fassions, quels que soient nos efforts de repentance, de purification, de contrition, de confession, quels que soient nos engagements, les plus héroïques soient-ils, (même si je livrais mon corps aux flammes, dit l’apôtre Paul), je serai, l’être humain sera toujours dans le manque, dans l’incapacité de parvenir par lui-même à Dieu. Des théologiens ont appelé cela le péché originel. Mais péché sous-entend qu’il faut se repentir de quelque chose. Alors qu’il s’agit simplement de reconnaître notre incapacité à atteindre Dieu par nous-même, tout simplement. A notre noce, le vin manque. Dans notre vie, la joie manque, elle fait défaut. Et seul un autre que nous peut nous la donner. L’attitude du croyant, à commencer par la mère de Jésus, puis les serviteurs, puis les disciples, c’est de faire confiance et d’accepter que Jésus jette un œil sur notre eau banale, un peu stagnante, pas très engageante, notre eau ordinaire, terne et sans goût. Car lui peut transformer l’eau de notre vie en vin du Royaume.

 

Tel fut le commencement des signes de Jésus. Un signe est une indication qui renvoie à autre chose. On peut le suivre ou pas… (sens interdit, feu rouge, stop) Un signe n’est pas un miracle, même s’il en est aussi un. Il renvoie à quelque chose qui est beaucoup plus important que les faits eux-mêmes : transformer l’eau en vin. Le signe ne dit rien en lui-même, il doit être interprété. Ici, tout se passe dans le secret. Personne n’est censé avoir vu quoi que ce soit, à part les serviteurs, qui ne disent rien. Mais Jésus, par ce signe, manifesta sa gloire… le mot de Dieu, la gloire. C’est le poids, ce qui a du poids, du costaud. Un bon vin, est-ce du costaud ? Oui, car c’est le passage du manque à l’abondance.

Ses disciples crurent en lui : ils sont « nous », les croyants qui voient dans d’improbables signes, les prémices de la vie en abondance.

Passage d’un ancien croire à un nouveau croire, c’est valable pour tout le monde ! La foi vivante est toujours nouvelle, renouvelée, toujours en mouvement. Et si c’était l’image de Dieu que nous avons, qu’il faudrait renouveler ? C’est plus sympa de changer l’eau en vin que de noyer la terre sous un déluge !

Amen

Besançon, le 17 janvier 2016

Infos pratiques

Pasteure Emmanuelle Seyboldt

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