Protester pour Dieu, protester pour l'Homme

Un Dieu trinitaire

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Jean 14.8-28 ; Jean 17.20-26

 

« Que la grâce du Seigneur Jésus-Christ, l’amour de Dieu et la communion de l’Esprit saint soient avec vous tous ! » pouvons-nous lire tout à la fin de la deuxième lettre aux Corinthiens 13.13.

Dieu est dit Père, Fils et Saint-Esprit. Mais alors « Le Fils est-il totalement consubstantiel au Père ? » et « Est-ce que l’Esprit-Saint procède du Père et du Fils ? ». Mais avec cette notion de trinité, ne commence-t-on pas à définir le Dieu unique, par définition au-delà de nos raisonnements humains ?

 

Que de conflits théologiques et même de conflits tout court. Cela avait peut-être du sens lorsque l’existence de Dieu était une évidence pour la majorité. Mais aujourd’hui, est-ce bien sérieux de parler de cela ? Pourtant, Dieu n’est pas évacué de l’horizon de tous nos contemporains. Certains sont attirés par l’image d’un Dieu unique dont il suffirait de se soumettre à sa volonté pour être du bon côté ; image apparemment moins tirée par les cheveux que ce Dieu révélé en Jésus-Christ. C’est qu’à trop intellectualiser, on peut en oublier le sens profond qui irrigue une existence. Sens que l’on peut percevoir dans la finale de la lettre aux Corinthiens : Il est en effet question de la grâce du Seigneur Jésus-Christ, de l’amour de Dieu et de la communion de l’Esprit saint.

 

Dans une contrée du Proche-Orient alors sous domination de l’empire romain, un juif, Jésus de Nazareth, se met à cheminer sur les routes. Il guérissait beaucoup de personnes, mais cela n’étonnait guère, car il n’était pas le seul à le faire. Ce qui étonnait, c’est qu’il accueillait et allait chez toutes sortes de personnes alors que la société était très cloisonnée. Cela étonnait donc, mais plus encore cela choquait, en particulier lorsqu’il disait à des personnes, hommes comme femmes, « Tes péchés sont pardonnés » ce qui revient à dire « Dieu te pardonne ». C’est que face au péché aussi, nous pouvons cloisonner les personnes suivant ce que nous estimons être de graves atteintes à la moralité ou à nos manières de vivre la religion : il y auraient ainsi les “purs” et les “impurs” et comme il peut nous sembler bon d’être du côté des purs ! En pardonnant, Jésus révèle que le mal qui a été commis est mauvais, mais qu’il ne rend pas indigne de faire le bien à nouveau et encore moins d’aimer et d’être aimé. C’est bien là une grâce que de savoir cela au plus profond de soi.

 

Il a relié tout cela à sa mission de rendre présent ce qu’il appelait « le règne de Dieu ». Ce règne de Dieu, il n’en a donné aucune définition, mais il l’a expliqué par des histoires, des paraboles. Ce règne de Dieu c’est une autre logique concernant les relations humaines et la relation à Dieu. La relation à Dieu ne doit plus passer par une pureté rituelle, comme si suivre des préceptes religieux nous rendait justes aux yeux de Dieu, mais par une pureté du cœur, par un amour à cœur ouvert. « Ne fais pas aux autres ce que tu ne veux pas qu’ils te fassent » devient ainsi : « Tout ce que vous voudriez que les autres fassent pour vous, faites-le pour eux ». « Tu aimeras ton prochain et tu haïras ton ennemi » devient une demande à aimer même nos ennemis. Ainsi, face à la démesure de la violence, Jésus appelle à un surcroît de générosité pouvant aller jusqu’au don de sa vie. Il le demande et il le vit, jusqu’à la croix.

 

Jésus vivait donc pour une communion particulière entre les hommes, à tel point que les liens du sang n’étaient pas premiers pour lui. Ses frères et sœurs de cœur, ce sont celles et ceux qui font la volonté de Dieu, qu’il appelait « son Père ». Car on sentait à travers ses prières qu’il avait une relation très personnelle, très singulière à Dieu. Au point que Dieu l’a ressuscité, l’a relevé d’entre les morts, signifiant ainsi que même la mort n’est pas une cloison infranchissable entre Dieu et nous.

 

Ainsi, le commandement d’amour, d’aimer Dieu de tout son être et son prochain comme soi-même, révélé en parabole et en acte par Jésus-Christ, nous oblige à cheminer et à nous déranger sans cesse ; sans doute moins confortable que d’être installé dans sa religion ou ses habitudes de vie ou de pensée. Et pourtant, c’est autant une responsabilité qu’une grâce que de nous reconnaître frères et sœurs en humanité, d’une égale dignité aux yeux de Dieu.

Comme nous pouvons le lire au début de l’évangile Jean 1.12-13 : « à ceux qui ont reçu Jésus-Christ, à ceux qui croient en son nom, il a donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu. Ceux-là ne sont pas nés du sang, ni d’un vouloir de chair, ni d’un vouloir d’homme, mais de Dieu ». Que nous soyons, en ce monde, nés d’un profond désir de nos parents, ou nés d’un rapport désiré, ou nés du seul fait de la biologie, la foi au Christ nous donne par lui d’être enfants de Dieu et cette naissance là est toujours désirée par Dieu. Devenir pleinement enfants de Dieu, c’est pouvoir être en Dieu et Dieu en nous, c’est-à-dire pouvoir vivre en communion, en solidarité d’amour avec Lui. Rien de moins.

 

Mais cet amour de Dieu peut être dévoyé par nos religions, comme au temps de Jésus. Il a alors incarné, manifesté cet amour, lui le Fils bien-aimé, au point que l’on peut réellement voir en lui l’amour de Dieu pour nous, afin que nous suivions ses commandements, cette manière de vivre les relations. Mais étant retourné au Père, comment le Christ, cet amour de Dieu vécu au quotidien, peut-il donc être en nous pour que nous puissions en témoigner ? Comment ne pas céder à la peur, à la lâcheté quand viennent les difficultés pour vivre de cet amour ? Comment ne pas nous croire possesseur de la vérité alors que nous avons toujours à nous convertir ou à approfondir ? Comment ne pas nous sentir orphelin de Dieu quand le mal semble étendre son emprise ou quand nos Églises deviennent des lieux de cloisonnement ou de jugement moraux hâtifs ?

 

Cette force d’amour qui est en Dieu et cette puissance de vie révélée en Jésus-Christ, nous aient donnés pour que nous en vivions à notre tour. Oui, que l’Esprit-Saint nous garde de nous croire arrivés, de nous croire possesseurs de la Vérité. Qu’il nous rende disponible pour une compréhension toujours plus profonde des écrits qui veulent témoigner des paroles et des actes du Christ. Pour que nos interprétations des Écritures et des événements ne soient pas lettres mortifères, mais source de fécondité. Pour que nous soyons en marche, toujours bousculés dans nos manières de croire et de vivre afin d’être de vrais témoins qui aiment le Christ et observent sa parole. Des témoins aimés du Père. Des témoins chez qui Père et Fils ont établis leur demeure et sont ainsi la demeure d’un amour relationnel, d’un amour de communion qui n’a de cesse de se donner.

 

Car c’est ainsi que d’autres peuvent mettre leur foi en Christ. Car c’est ainsi que nous sommes un et c’est uniquement ainsi, en communion avec Dieu et nos talents mis en commun, que nous pouvons faire des œuvres plus grande que celles qu’a faites le Christ, nous engageant les uns avec les autres au souffle de l’Esprit, dépassant nos différences et nos différents pour briser les chaînes de l’injustice et construire un monde plus juste et fraternel. Puissions-nous chaque jour vivre cette grâce.

 

Amen

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