Protester pour Dieu, protester pour l'Homme

Vœu de témoignage

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Esaïe 40,1-11 Tite 2,11-14 ; 3,4-7 Luc 3,15-22

En ce début d’année 2016, je commencerai par présenter mes vœux. Est-ce une démarche qui a sa place dans le christianisme ? Cela se discute… Comme l’entrée dans la nouvelle année liturgique se trouve au début de l’Avent, les vœux pourraient être échangés à ce moment là. Le début d’année civile est d’ailleurs marqué depuis longtemps par des réjouissances tout à fait païennes, laïques… ou commerciales, comme, hélas !, c’est de plus en plus le cas pour la fête de la nativité de Jésus. Mais c’est toujours bon de se souhaiter plein de bonnes choses, de se bénir les uns les autres et je n’y manque pas pour vous et pour l’Eglise de Jésus- Christ !J’aurais du mal à préciser de prime abord ce que je souhaite à l’Eglise… Aussi vais-je plutôt commencer par évoquer ses projets. Il ne vous aura pas échappé que 2016 précède 2017 et que cette année 2017 sera le jubilé de la Réforme. Il y aura 500 ans que Martin Luther aurait affiché ses 95 thèses sur la porte de l’église de Wittenberg. Intitulées Dispute sur la puissance des indulgences, elles dénonçaient les scandales de l’Eglise de son temps et elles étaient prévues pour un débat entre théologiens. Leur impression a permis une diffusion plus large et même Martin Luther a été surpris par leur retentissement. Malgré quelques essais de conciliation, le débat a tourné court et Luther a été condamné par le pape en 1520.

Pour l’Eglise protestante unie, il s’agit de s’emparer de cet anniversaire, non pas pour une célébration combattant d’autres Eglises, mais de l’utiliser pour affirmer quelles sont nos thèses aujourd’hui. Quel témoignage pouvons-nous rendre à la Bonne Nouvelle de Jésus sauveur ? Protester pour Dieu, protester pour l’Homme affiche le site internet de notre Eglise… Protester n’étant pas entendu comme une opposition ou une réclamation, mais d’abord comme une proclamation, une affirmation solennelle, ce qui est son sens premier. L’année 2014 et son semainier ont permis lors des rassemblements régionaux de dégager quatre thèmes qui continuent à être discutés : résister, témoigner, être chrétien dans la société et lire la Bible.

Voici un premier souhait pour 2016 : que nous précisions et partagions ces thèmes !

Ce début d’année marque aussi le lancement du travail sur la Déclaration de foi de l’Eglise protestante unie qui pourrait être adoptée au synode national de 2017. Deuxième souhait : que nos paroisses s’emparent de ce texte, le partagent, et qu’il leur serve à rendre témoignage à Jésus le Christ. Témoin, témoigner, témoignage, ce sont des mots que vous avez souvent entendus et notre Eglise veut être « Une Eglise de témoins ». Mais de quoi avons-nous à témoigner ?

Prenons l’exemple de l’auteur du texte d’Esaïe (40,1 à 11). Il s’emploie à conforter l’espérance de son peuple qui voit s’ouvrir la possibilité d’un retour à Jérusalem après l’Exil à Babylone et la victoire du Perse Cyrus sur les Babyloniens (en 539). Il imagine un retour triomphal où Dieu marche à la tête de son peuple comme il le faisait pendant l’Exode. « Quelqu’un crie : Dans le désert, frayez le chemin du SEIGNEUR ! Aplanissez une route pour notre Dieu dans la plaine aride ! Que toute vallée soit élevée, que toute montagne et toute colline soient abaissées ! Que les reliefs se changent en terrain plat et les escarpements en vallons ! Alors la gloire du SEIGNEUR se dévoilera, et tous la verront ensemble ». Esaïe évoque cette gloire. Il nous appelle à en témoigner : « Monte sur une haute montagne, toi qui portes la bonne nouvelle ; élève ta voix avec force, toi qui portes la bonne nouvelle ; élève ta voix, n’aie pas peur ». Et il précise cette bonne nouvelle (ευαγγελιον en grec, le mot qui a donné évangile en français) : « Votre Dieu est là ! » (v.9). Esaïe ne baigne pas dans l’euphorie ; il reconnaît (v.7-8) : « Toute chair est de l’herbe, tout son éclat est comme la fleur des champs. L’herbe se dessèche, la fleur se fane quand le souffle du SEIGNEUR passe dessus. Vraiment, le peuple est de l’herbe |…]. Mais la parole de notre Dieu subsistera toujours ». Il parle d’un présent et d’un futur où se déploiera l’amour du Sauveur : « Comme un berger, il fera paître son troupeau, de son bras il rassemblera des agneaux et les portera sur son sein ; il conduira les brebis qui allaitent » (v.11). Le nom même d’Esaïe (Yesha’yahou, עושׁי) annonce ce programme puisqu’il signifie : le Seigneur (YHWH) sauve.

Cette espérance a été reprise par les chrétiens et appliquée à la personne de Jésus dont le nom repose sur les mêmes racines : Dieu sauve. Cette espérance s’élargit alors comme l’affirme l’auteur de l’épître à Tite (Tite 2,11-14 ; 3,4-7) : « elle s’est manifestée, la grâce de Dieu, source de salut pour tous les humains » (2,11). Le verbe « manifester » traduit le verbe grec, επιφαινω qui a donné épiphanie, manifestation de Dieu que nous venons de fêter dans le cycle de Noël. Il signifie aussi « amener à la lumière, devenir visible ». La « grâce de Dieu » évoque une façon qu’a Dieu de se comporter à notre égard et l’auteur précise qu’elle est « la bonté de Dieu, notre Sauveur, et son amour pour les humains » (3,4). Cette qualité de Dieu a bouleversé bien des vies dont celle de Martin Luther lorsqu’il l’a redécouverte en lisant l’épître aux Romains et qui n’a pas supporté que l’on puisse la monnayer ou la soumettre à conditions, fusse pour construire l’Eglise ! « Source de salut pour tous les humains », oui « tous », voilà qui illumine nos théologies. C’est ce dont nous avons à témoigner. Comme le dit l’auteur : « Cette parole est certaine, et je souhaite que tu l’affirmes catégoriquement, afin que ceux qui ont placé leur foi en Dieu s’appliquent à exceller dans les belles œuvres. Voilà qui est beau et utile aux humains ! » (3,8).

« Beau et utile aux humains »

« Beau et utile aux humains », voilà une raison du témoignage apte à nous enthousiasmer et à renouveler nos forces ! D’abord la grâce de Dieu « nous apprend à renier l’impiété et les désirs de ce monde, et à vivre dans le temps présent d’une manière pondérée, juste et pieuse » (2,12), à changer notre vie pour devenir un peuple « qui se passionne pour les belles œuvres ». Renouvelés par l’Esprit saint (v.5), « justifiés par sa grâce » (v.7), nous pouvons accomplir les belles œuvres « utiles aux humains ».

«Dieu nous a sauvés par le bain de la nouvelle naissance et du renouvellement procédant de l’Esprit saint ; il l’a répandu sur nous largement par Jésus-Christ, notre Sauveur » (3,5) : c’est une évocation du baptême chrétien, de notre baptême, une manifestation de « l’amour de Dieu pour les humains […] non pas parce que nous aurions fait des œuvres de justice, mais en vertu de sa propre compassion » (3,2-3).

Cet amour se manifeste pour Luc (Luc 3,15-22) lors du baptême de Jésus : « pendant que Jésus priait, le ciel s’ouvrit, et le Saint-Esprit descendit sur lui sous une forme corporelle, comme une colombe. Et une voix fit entendre du ciel ces paroles : Tu es mon Fils bien-aimé ; en toi j’ai mis toute mon affection » (Luc 3,22). Cet épisode est placé par les 4 évangélistes au début de leurs récits et en rapport avec le baptême que pratique Jean, un baptême lié à une démarche de repentance. Jésus y fait une expérience fulminante : le ciel s’ouvre et Dieu se manifeste sous une forme douce, celle d’une colombe, celle de la voix du Saint-Esprit. Cette colombe rappelle celle qui annonce à Noé après le déluge la fin de la colère de Dieu, son alliance avec les humains. Cette marque de la douceur de Dieu est celle que les réformés puis les luthériens ont adoptée pour la croix huguenote. C’est aussi une forme de témoignage.

Les 3 textes que nous avons lus aujourd’hui témoignent dans des contextes différents de la bonne nouvelle, celle de la bonté de Dieu. C’est à nous maintenant de porter ce témoignage vers nos contemporains. Ce n’est pas facile. Convaincus de la valeur de la laïcité, les protestants ont souvent une grande pudeur à parler de leur foi. Mais aujourd’hui où le christianisme est devenu en Europe une religion minoritaire, où la connaissance du message biblique a beaucoup diminué, nous avons à revoir nos façons de l’exprimer, pour nous et pour les autres. La question est posée à chacun d’entre nous et à chaque communauté : comment témoigner de cette parole qui nous fait vivre dans une société saoulée d’informations ? Trouver des bribes de solutions à cette question est le vœu que je forme pour chacun et pour chaque communauté chrétienne. L’Esprit saint nous soit en aide !

Amen.

Marie-Christine Michau

10 janvier 2016

Saint-Jean à Belfort 

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