Protester pour Dieu, protester pour l'Homme

La foi perplexe

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Genèse 11.1-9 // Actes 2.1-8 et 12-18 // Luc 24.13-18 et 25-31

Comment comprendre le projet de Dieu ?

A la première lecture, ces trois textes nous ont plongés dans une certaine perplexité : qu’est-ce qui lie la tour de Babel à la Pentecôte en passant par Emmaüs ?

Peut-être que cette confusion est, en elle-même, déjà un lieu commun : confusion des bâtisseurs de Babel lorsque brusquement ils ne se comprennent plus ; confusion des disciples devant cette fin pitoyable du sauveur d’Israël, ils ne comprenaient plus rien ; et confusion encore lorsque les amis de Jésus cachés dans le cénacle depuis 50 jours, sortent soudain en braillant des choses incompréhensibles semant à nouveau le désordre à Jérusalem en pleine fête religieuse. En regardant, dans son ensemble, la relation de Dieu avec l’homme m’est venue cette image du saut à l’élastique. Les croyants, à commencer par les pères de la foi, ont tous fait le grand saut dans l’inconnu décidant de faire confiance à ce qui les reliait à la vie puis, au fil du temps et des circonstances, cette confiance s’est passablement étirée …parfois même brisée selon la résistance d’élasticité du fil : on ne fait plus confiance et on veut toucher le fond pour se détacher : mauvais plan ! Manque de confiance qui entraîne la peur, qui brouille le discernement.

C’est en effet cette confusion générée par la peur qui ne cesse de plonger génération après génération, les croyants dans des périodes d’incompréhension et de doute, de découragement et de révolte … au point où l’expression est née : « Les voies de Dieu sont impénétrables ».

Fort de cette conclusion, et à défaut d’essayer de le comprendre et de lui faire confiance, l’homme s’est bien trop souvent replié sur lui-même entre les murs d’une ville ou d’une chambre haute ; derrière un paravent de préceptes et de lois : puisque c’est si compliqué, on a établi nos propres voies et nos propres règles bien claires et rassurantes

Pourtant, c’est aussi le doute dans la foi, qui permet de se remettre en cause et d’avancer, de rectifier le tir, et de se rapprocher du dessein de Dieu. Au bout de son élasticité le fil fait marche arrière et nous ramène à la source : le point de rencontre, l’origine du grand saut et tout devient plus clair, on découvre le fil rouge de toute l’histoire.

Et Dieu veille au grain : il n’a de cesse de nous faire des signaux, d’envoyer des messages et mieux : des messagers jusqu’à son propre fils, sa parole faite chair : on ne saurait être plus clair !

Revenons donc à nos trois textes et dans notre confusion, cherchons le fil rouge. Dans chacun des récits, on peut constater les ravages de la peur que l’incompréhension sème dans le cœur des gens. Peur des rescapés du déluge de se perdre dans ce vaste monde, peur des disciples orphelins dont tous les espoirs sont réduits à néant, peur des proches de Jésus de subir le même sort. Et la réaction est logique : on se replie dans nos pénates, on fait l’autruche.

Alors Dieu intervient : il donne un petit coup sur l’élastique et ouf on remonte. Mais parfois, avant de remonter on tourne un peu comme un saucisson au bout du fil et tout se brouille autour de nous. Car il a de l’humour Dieu, il n’est pas toujours discret et il bouscule, il ouvre nos volets œillères, il dépoussière nos traditions et ouvre les portes pour faire rentrer une grande bourrasque d’air frais, quitte à nous replonger un temps dans la perplexité : tout ce remue-ménage fait peur.

La foi au risque de l’altérité : la tentation de l’autruche

C’est l’incompréhension qui fait peur. Lorsque l’on perd son chemin, que le navigateur nous a fait tourner dix fois en rond sans nous amener à destination, que parfois on ne sait même plus où l’on va ni pourquoi on y va… la méfiance s’installe. Tout cela est-il bien raisonnable ? Peut-on cautionner, telle nouvelle révélation ou tel bouleversement qui implique parfois de graves conséquences. La Réforme par exemple, ou plus actuel : les débats sur le mariage. Ces grandes étapes de l’histoire qui chamboulent l’ordre des choses.

A chaque génération, et de plus en plus vite, les temps changent et avec eux les valeurs, les références et les habitudes. Le monde s’ouvre à nous et à notre porte. Bien sûr on espère donner à nos enfants de solides racines familiales, des fondements de convictions morales et religieuses et un ancrage culturel identitaire rassurant…mais, ne raisonnons pas comme les descendants de Noé qui, pour protéger leur intégrité, se sont repliés sur eux-mêmes, sur leur nom, pour ne pas perdre leurs repères, préserver leur lignée, leur patrimoine…

On sait combien, dans l’histoire de l’humanité, il y a eu de tentatives de certaines civilisations, religions ou puissances guerrières de s’arroger le titre de pures, de sacré ou de supérieur en s’isolant du reste de l’humanité, pour ne pas être contaminé ou perdre son pédigrée. Ce fut le cas de la plus part des minorités y compris à une certaine époque, la nôtre : les protestants de la Réforme. Le sectarisme, les classes sociologiques ou ethniques vont à l’encontre du dessein de Dieu et peuvent dériver jusqu’à l’apartheid, le nazisme et même l’eugénisme.

En effet, le dessein de Dieu n’est pas le repli sur soi, ni le communautarisme, ni l’exclusion … Ce qu’il reproche aux fils de Sem ce n’est pas tant de se rapprocher de lui en touchant le ciel…il n’a eu que de cesse de le faire lui-même, mais c’est d’aller à l’encontre de son plan : Deux chapitres plus haut, à la sortie de l’arche, Dieu bénit Noé et ses fils en leur disant : « Multipliez-vous et peuplez toute la terre. » Ce sont les termes du contrat signé d’un bel arc-en-ciel. Et c’est précisément cette clause qui est rompu à Babel : Ils dirent alors : Bâtissons-nous donc une ville et une tour dont le sommet atteigne le ciel, et faisons-nous un nom, afin que nous ne nous dispersions pas sur toute la terre ! » Le but n’était pas la hauteur, celle-ci n’en était que le moyen pour ne pas se disperser comme Dieu l’avais prévu : repli sur soi, autosuffisance, refus ou peur de s’ouvrir à l’altérité, au dialogue.

 

De leur côté, les disciples se retrouvant tout seuls après Pâques, ont pris peur eux aussi. Ils se sont retirés en cachette dans le cénacle, isolés du monde dans une nostalgie statique et morbide : l’Esprit va balayer tout cela et les propulser vers l’extérieur, vers les autres, vers le monde qu’ils redoutent, et leur faire comprendre ce que Jésus disait : « J’ai bien d’autres brebis dans le monde »

Ainsi, chaque fois que nos réflexes de peur nous enferment dans nos tours d’ivoire (ou de Babel), Dieu aime à jeter un pavé dans la marre : dans un univers axé sur les traditions hébraïques exclusives il souligne la multiplicité de son peuple qui malgré lui a été forcé de s’ouvrir par les déportations et les diasporas de son histoire. La multiplicité des langues exprimées par l’Esprit à travers les disciples est une reconnaissance de la diversité choisie et voulue par Dieu pour son Eglise. Mais diversité ne veux pas dire division, ni opposition. Dieu se reconnait, lui l’Unique, dans cette humanité complexe et multiple et refuse la norme, le modèle ou la pensée unique.

 

Dieu chef d’orchestre de nos diversités : il accorde nos désaccords

Un pavé dans la marre, ça éclabousse, ça fait désordre… quand même c’est sérieux la religion, on a nos traditions, nos héritages, qui font notre identité et le fondement de nos convictions…

Perplexité ! Hésitation…voir panique à bord !

Alors, comme les pèlerins d’Emmaüs, on a besoin d’être rassurés. « Reste avec nous, Seigneur, le soir décline » …dans ce monde qui change si vite, la nuit de nos doutes et de nos perplexités nous menace tous… Reste avec nous et donne-nous un signe familier, rassurant afin que nous reconnaissions ta présence et qu’elle dissipe nos craintes d’aller de l’avant vers cet inconnu. Peut-être que nous ne faisons pas assez de place à Dieu dans nos synodes les plus animés lorsqu’il est question de prendre position face à des bouleversements de l’ordre ou la norme sociale. Comment entendre sa volonté ? Facile, diraient certains : il suffit d’ouvrir la Bible… seulement quand on prend la Bible pour justifier son point de vue, on n’est pas à l’écoute : on manipule les textes à son profit et ce livre a assez de ressource pour y trouver une façon d’argumenter tout et son contraire. Au moment des décisions, sommes-nous bien sûrs de reconnaître dans le choix final, la volonté du Christ ? Ou bien s’accapare-t-on un peu vite cette figure derrière laquelle la majorité se justifie ? Et cela m’amène à partager avec vous cet extrait de prédication de James Woody :

« La présence du Christ n’est pas limitée à un individu particulier ni à un temps particulier, ni à un espace particulier. L’Eternel est celui qui vient vers nous en abolissant toutes ces limites qui pourraient en faire un Dieu particulier, un Dieu national par exemple, le Dieu d’une religion particulière. Pâques est ce moment où l’Eternel abolit une bonne fois pour toutes, ces limites que les hommes posent trop souvent.…Dieu nous rend capable, à la suite des apôtres, de comprendre les signes des temps, de décrypter l’histoire pour y discerner de quelles manières ses pas croisent les nôtres.»…et je rajouterais : Dieu n’est pas un Dieu particulier mais comme la Pentecôte nous le montre, le Dieu de toutes les particularités rassemblées.

L’Eglise presbytérienne d’Ecosse, auteur de ce temple, a conclut le débat sur la bénédiction des couples de même sexe par cette jolie formule : « Agreeing to disagree » ..S’accorder sur notre désaccord dans le respect de l’opinion de l’autre et en supposant « qu’il est possible que je me trompe » ! Une belle image d’unité dans la diversité qui laisse l’espace au projet de Dieu, dans toute sa grandeur poly-dimensionnelle.

Ne soyons donc pas méfiants, n’ayons crainte, restons ouverts aux rencontres, aux changements, à l’altérité, au renouveau. En effet, « vos fils et vos filles parleront en prophètes, vos jeunes gens auront des visions et vos vieillards auront des rêves. » explique Pierre. Dieu bouscule et il se manifeste à travers la multiplicité de son peuple et personne ne peut l’enfermer dans sa tour de Babel, dans son temple ou son église. Il est présent là où on ne l’attend pas. Mais surtout, il est toujours avec nous partout où nous sommes et quelque soient nos égarements, il sait en tirer du bon pour nous remettre sur la voie. Comme le chantait Noël Colombier : « Dieu écrit droit avec des lignes courbes, il nous mène où il veut par des chemins sinueux » Si nous ne tirons pas trop sur la ficelle, l’élastique nous ramènera toujours à lui.

Avec David, nous pouvons alors nous en remettre à lui en confiance et clamer :

Je voyais constamment le Seigneur devant moi,

parce qu’il est à ma droite afin que je ne sois pas ébranlé.

Tu m’as fait connaître les chemins de la vie,

tu me rempliras de bonheur par ta présence.

Amen

OCH le 4 mai 2014

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