Protester pour Dieu, protester pour l'Homme

Le juste par la foi vivra

Retour à toutes les actions

Épître aux Romains 1.16-17

 

 

 

 

 

Chers frères et sœurs en Christ,

 

Nous connaissons tous ce texte de Paul. Ce sont ces deux tout petits versets qui ont bouleversé le monde. Pourquoi me direz-vous ? Car c’est en les lisant que Martin Luther comprit qu’il faisait fausse route, que son Église faisait fausse route et que, par conséquent, le monde faisait fausse route -Église et autorité civile ne faisaient qu’un en ce temps-là ! Que comprit Luther de ces deux versets ? Quels enseignements en tira-t-il pour sa vie ? J’en mentionnerai trois avant de voir si aujourd’hui ce texte a encore quelque chose à nous dire, si nous pouvons aussi à notre tour proclamer un Évangile pour notre monde.

 

1) Luther : la justification par la foi

D’abord, Luther fut profondément libéré de sa peur de Dieu par la lecture et la compréhension de ce passage. Dieu, pour Luther, et pour l’ensemble des croyants du Moyen Âge, faisait peur, suscitait angoisse et culpabilité. Il était un Juge sévère, implacable, impitoyable. Et sa justice était incompréhensible puisqu’il punissait de mort même ses plus fidèles serviteurs. La peste noire, et divers autres maux, décimaient chaque jour des dizaines de croyant…Luther découvre que la justice de Dieu se révèle… en Christ. Elle ne vient pas comme une punition dans la vie des hommes. La justice de Dieu ne se révèle pas dans la vie des croyants par la survenue d’une maladie ou par la mort. La justice de Dieu s’est manifestée en Christ. Et, en Lui, elle s’est révélée comme une déclaration d’amour.

Ensuite, Luther fut profondément libéré par la lecture et la compréhension de ce passage. Luther faisait partie des Augustins, un ordre des plus sévères. Au sein du couvent de cet ordre, il a multiplié les offices, du soir et du matin, redoublé ses prières, intensifié ses temps de lecture et de méditation de la Bible, accentué ses exercices spirituels, et livré son corps à d’intenses mortifications : rien n’y a fait. Il se sentait toujours coupable…devant Dieu. Il estimait que Dieu était toujours insatisfait…de lui. Que le compte n’y était pas. Qu’il devait en faire plus. Qu’il devait faire mieux. Par ce passage, il comprend qu’il n’a pas à être « juste » par ses propres forces. C’est Dieu qui le rend juste, en Christ. Il lui faut arrêter de se confier en sa force pour s’en remettre en la force de Dieu, en la force de l’Évangile.

Enfin, Luther comprit de ce texte que le salut n’est pas une récompense mais un don. Le salut était conçu uniquement comme une sorte de récompense attribuée à des personnes pour leur sainteté de vie. Une sainteté sur laquelle Luther a fait une croix. Dès lors qu’on accepte d’être à la fois pécheur et aimé de Dieu, le salut ne peut être qu’une chose qui nous est donné. C’est un don qui suscite la responsabilité et l’engagement dans le monde, pour les autres. Par la foi, relation vivante à Dieu, le croyant est changé petit pas par petit pas, de la foi à la foi dit Paul, et change le monde, petit pas par petit pas.

 

2) Aujourd’hui : la justification de la foi

Si je résume en une phrase : Luther a été libéré de sa peur, renforcé dans son identité et poussé au changement de lui-même et du monde. En disant cela on voit combien le message de l’Évangile résonne encore aujourd’hui, combien il a toute sa pertinence, pour nous d’abord et pour notre monde surtout. Deux pistes pour aujourd’hui.

  1. a) Libération de la peur

La pertinence de l’Évangile se joue du côté de la libération de la peur. Aujourd’hui, plus personne n’a peur de Dieu. Mais la peur, elle, est toujours présente. La société est toujours aussi anxiogène. Dans les bars et dans les rues, les ouvriers et les ouvrières disent leur peur de perdre leur boulot. Sur les forums électroniques, les gens sont nombreux à dire leur peur de ne pas pouvoir fournir un avenir à leurs enfants. Dans les conversations de tous les jours, la peur d’une catastrophe écologique est sur toutes les bouches. A la sortie des facultés, les étudiants, comme d’autres, ne cachent pas leur peur d’échouer, d’être rejeté, abandonné… Et puis, il y a la peur de l’autre, de l’étranger, celui qui vient piquer mon boulot, celui qui est aidé financièrement et socialement à ma place et celui qui va poser des bombes dans ma ville ! Sans parler de la peur de la mort… Aujourd’hui, comme hier pour Luther, la peur s’enracine dans un manque de confiance, de foi donc, puisque c’est le même mot. Un manque de confiance en soi, peut-être, diront les psys. Un manque de confiance en Dieu surtout. C’est Dieu qui donne la foi, c’est Dieu qui donne la confiance. La peur, nos peurs fondamentales seront toujours là. La foi n’a rien de magique. Mais en l’accueillant, l’homme peut les dépasser, les transcender. La foi, la confiance en un Dieu qui nous fait confiance, nous permet de faire confiance en l’autre, quel qu’il soit. Cette foi nous permet aussi de poser sur notre avenir et l’avenir de notre terre un regard plus confiant que le simple catastrophisme qui gagne nombre de nos contemporains. Cette foi nous permet de nous savoir aimé fondamentalement et inconditionnellement, quels que soient nos échecs et nos fautes. Cette foi, aujourd’hui comme hier, change tout. Nous ne devons pas avoir honte de le dire !

 

  1. b) L’enjeu de l’identité

La pertinence de l’Évangile se joue aussi du côté du renforcement de l’identité. Aujourd’hui, plus personne ne raisonne en termes de justes et de pécheurs. Pourtant, la question de l’identité est partout. Les politiques l’ont bien compris qui s’en servent pour se faire élire ou réélire. Il y a peu j’entendais le succès du no make-up lancée aux États-Unis par Alicia Keys. La chanteuse refuse la tyrannie du maquillage. Elle refuse la pression de toujours avoir à présenter aux médias et aux fans un visage parfait. Pourquoi les femmes devraient-elles se maquiller pour être jolies ? Pourquoi notre société impose aux femmes, aux hommes des standards de beauté, de perfection ? Le bouton, la cicatrice, la ridule bien loin d’enlaidir un visage lui rendent sa faillibilité et témoignent donc de son humanité. Aujourd’hui, comme hier pour Luther, le refus de nos défauts s’enracine dans une recherche de perfection aussi illusoire qu’idolâtre. Les défauts nous constituent tout autant que nos qualités. Refuser de les masquer, c’est s’accepter tel que Dieu nous a donné d’être et cesser le jeu de dupe avec Lui, avec soi et avec les autres. Refuser les diktats de la mode, les canons de la beauté, c’est puiser son identité ailleurs que dans le regard des autres. Cet ailleurs peut être la foi en Dieu. En se souvenant des paroles de Luther, on pourrait dire que : « l’homme et la femme ne sont pas aimés de Dieu parce qu’ils sont beaux, bien maquillés, bien vêtus, avec le bon poids, la bonne taille, la bonne nationalité… Ils sont beaux car ils sont aimés de Dieu ». Oui, en accueillant la foi en Dieu, j’accueille aussi une identité, celle de frère de Jésus, celle de fils de Dieu. Je n’ai plus à la conquérir par mes achats, mon habillement, mes régimes… Cette découverte, comme pour Luther, est une délivrance qui permet à l’homme et à la femme d’entrer dans le cercle vertueux qui permettra d’accepter l’autre tel qu’il est. Oui, cette foi, aujourd’hui comme hier, est une délivrance. Nous ne devons pas avoir honte de le proclamer !

 

  1. c) Le changement du monde

La pertinence de l’Évangile pour notre monde ne manque pas. Notre foi nous responsabilise, elle nous engage à son service. Elle suscite en nous des œuvres qui nous changent et qui changent le monde. Alors, allons et n’ayons pas honte de l’Évangile. Aujourd’hui comme hier et demain, il est une puissance de salut.

Amen.

Dimanche 30 octobre 2016 à Brive

Infos pratiques

Pasteur Christophe Jacon

Partagez sur les réseaux sociaux