Protester pour Dieu, protester pour l'Homme

Résister

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Jean 15.19 // 1 Pierre 5.8 // Luc 18.2-8

Résister : En premier, ce mot instinctivement m’a fait penser à la chanson de France Gall :

« Résiste Prouve que tu existes Cherche ton bonheur partout, va, Refuse ce monde égoïste

Résiste Suis ton coeur qui insiste Ce monde n’est pas le tien, viens, Bats-toi, signe et persiste Résiste ».

En deuxième position, résister me fait penser à la résistance, pendant la Seconde Guerre Mondiale, contre l’idéologie nazie.

Finalement, résister ne me faisait pas penser du tout à la Foi en Jésus-Christ ni même à la résistance de Luther contre les dictats de l’Eglise catholique du 15/16 è siècle.

Mais en y réfléchissant, en relisant les paroles de la chanson, en pensant aux résistants qui avaient lutté pour leurs idées et leurs idéaux, je me suis dit que croire en Dieu, en Jésus-Christ à notre époque pouvait parfois relever de la résistance, qu’essayer de le suivre demandait de la résistance, au sens « physique » du terme, résistance mécanique ou résistance des matériaux.

Résister, c’est tenir bon, tenir ferme, tenir tête éventuellement, opposer une force à une autre et peut-être faut-il un peu de tout cela pour rester chrétien dans un monde souvent indifférent, moqueur, voire hostile au croyant.

 

Résister, c’est refuser le monde égoïste, suivre son coeur, contre un monde qui n’est pas celui du chrétien, n’est-ce pas tout l’enseignement de Jésus ?

« Ce monde n’est pas le tien », dit la chanson. Cela résonne en écho aux paroles de Jésus lorsqu’il parle aux disciples dans l’Evangile Jean 15.19 : « si vous apparteniez au monde, le monde vous aimerait parce que vous seriez à lui. Mais je vous ai choisis et pris hors du monde, et vous n’appartenez plus au monde : c’est pourquoi le monde vous hait». Il faut de la ténacité et de la solidité pour entendre ces paroles et ne pas tourner le dos à Jésus. Bien sûr, cela ne concerne pas trop le chrétien français de l’an 2017, quoique les évènements tragiques des derniers mois prouvent que les chrétiens peuvent, même en France, être la cible de personnes qui les haïssent.

 

Résister, dans la chanson, est aussi prouver que l’on existe. Effectivement, nous devons prouver, montrer, témoigner que nous existons en tant que chrétien, témoigner sans cesse, au mieux de nos capacités, de ce que l’Evangile et l’Amour de Dieu apportent à nos vies, comment elles sont enrichies par la certitude que nous sommes aimés malgré nos faiblesses et nos défauts. Résister ainsi à la transparence qui peut être celle d’un protestant en France, quand ses idées, ses points de vue sont rarement relayées dans les média.

 

Résister pour le chrétien est aussi résister aux tentations, à l’adversaire redoutable qu’est le mal : « Soyez bien éveillés, lucides ! Car votre ennemi, le diable, rôde comme un lion rugissant, cherchant quelqu’un à dévorer » (1 Pierre 5.8).

Jésus lui-même a dû résister au diable qui le tentait dans le désert. Nous aimons à penser qu’il était plus facile à Jésus de résister aux épreuves qu’à nous. Mais qu’en savons-nous vraiment alors que le Fils de Dieu avait enfilé le costume d’être humain et qu’il eut faim après 40 jours dans le désert, aussi faim sans doute que moi j’aurais faim après un tel jeûne ? Que savons-nous de ses souffrances à ce moment précis et de la force qu’il lui a fallu pour tenir tête au mal ? Que savons-nous de sa souffrance dans le jardin de Gethsémané quand son coeur est plein d’une tristesse mortelle parce qu’il sait ce qui va se passer et qu’il demande à Dieu d’éloigner la coupe de douleur ?

Oui, Jésus lui-même a eu besoin de résister pour aller au bout de sa route.

A quoi devons-nous résister, à notre époque? Quels sont les nouveaux dieux païens du 21è siècle qui peuvent faire obstacle à notre relation avec le Christ :

  1. la liberté individuelle, liberté de penser et de faire beaucoup de choses autrefois interdites, liberté qui peut mener à l’individualisme,
  2. le consumérisme, avoir toujours plus, et les conséquences que cela implique au niveau technologique, économique et écologique,
  • l’immédiateté, la vie à cent à l’heure, être sans arrêt connecté avec Internet, les échanges virtuels, le téléphone portable dont beaucoup ne peuvent se passer ? Voilà quelques dieux du panthéon moderne.

Comme chrétien, comme protestant moderne, nous devons nous préoccuper de la Terre, cette planète, création de Dieu, sur laquelle il nous a mis et de la place de l’Homme dans le monde actuel.

Résister, c’est étudier notre société pour faire les meilleurs choix possibles. Ainsi, nous devons nous interroger sur le modèle de société qui nous parait adapté à l’enseignement de Jésus, à son commandement d’Amour, résister face à l’émergence des populismes de tous ordres, même si on est parfois tenté de hurler avec les loups, parce que nous nous sentons dépassés, parce que nous avons peur de trop de migrants, économiques ou fuyant leur pays en guerre. Pourtant, nous ne devons pas oublier la position de Dieu dans le Deutéronome (10.18-19) : « Dieu manifeste son amour pour les étrangers installés chez vous en leur donnant de la nourriture et des vêtements. Vous donc aussi aimez les étrangers qui sont parmi vous ». Ne pas se laisser manipuler par les politiques ou les médias qui nous assènent seulement leur vision du monde et essayer d’exercer son propre jugement.

Résister aussi à l’individualisme pour revenir à des rapports plus humains et fraternels les uns avec les autres comme on peut les avoir au sein d’une famille, une famille par filiation mais aussi une famille par l’Esprit, comme ce que doit être une communauté chrétienne, une paroisse, qui se soucie de ses membres, une Eglise, qui se soucie de tous ceux qui la compose et qui est heureuse de sa diversité. Rappelons-nous que nous sommes tous enfants de Dieu, comme il est écrit dans l’épître aux Galates (3.26): «Vous êtes tous enfants de Dieu par la foi qui vous lie à Jésus-Christ».

Résister, c’est aussi tenter de délivrer ce message au travers de nos rencontres, là où nous travaillons par exemple, avec plus de solidarité et de soin de ses collègues au lieu de la compétition à tout prix.

Résister au manque de temps. Prendre le temps nécessaire à notre dialogue avec Dieu, du temps qui nous fait trop souvent défaut dans nos sociétés occidentales, en particulier dans les grandes villes : métro-boulot-dodo. Savoir résister au manque de temps ou à ce que nous croyons être un manque de temps parce que nous mettons d’autres priorités dans nos vies, avant le temps à consacrer à Dieu. En cela, le sabbat des juifs a du bon. Eteindre son portable, prendre le temps de prier, prier avec sérieux et persévérance, sans se décourager, comme la veuve qui demandait justice à un juge

(Luc 18.2-8). Prendre le temps d’écouter Dieu, l’écouter à travers la lecture de la Bible, si importante (Sola Scriptura) pour Luther, lui qui disait que la Bible était « le berceau du Christ ». Savoir écouter, entendre Dieu s’il nous réveille la nuit, comme il réveille Samuel (1 Samuel, 3), s’il nous envoie des signes visibles, comme il l’a fait pour Moïse avec le buisson ardent par exemple.

Résister en un mot, c’est contrecarrer au mieux, tout ce qui peut nous éloigner de Jésus-Christ, ce qui est en nous, petite voix diabolique pour nous détourner du chemin qui mène à la porte étroite, les excuses que nous nous donnons, le jugement des autres qui peut nous intimider dans notre témoignage de la Bonne Nouvelle, notre peur et notre inertie alors qu’autres agissent. Mais n’ayons pas peur de notre faiblesse, souvenons-nous combien Martin Luther lui-même a lutté toute sa vie et l’a écrit à son crépuscule : « nous sommes tous des mendiants, voilà la vérité ». Amen

Infos pratiques

Pasteur Christophe Jacon

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